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mardi 10 février 2009

Cycle utopies réelles (1) : le Familistère de Guise





Il n'est pas donné à tout le monde de changer la vie de ses contemporains, pour de vrai, et surtout, en la rendant meilleure. Les hommes politiques le savent bien, dont c'est normalement le métier, ou au moins la prétention.

L'exercice est très périlleux et son issue est fort incertaine, car, si le bonheur parfait de ses semblables est visé, la démarche peut aboutir à l'enfer, compte tenu de la complexité de la nature humaine et de sa très faible aptitude à la perfection.

Mais certains, particulièrement décidés, se sont attelés à cette tâche plutôt sur de petites échelles, mais n'est-ce pas d'abord autour de soi qu'il faut agir ?

Ce cycle de messages a pour objectif d'évoquer ces pionniers praticiens de la vie sociale qui ont tenté de faire passer la théorie dans les actes.

C'est ici que réside le caractère fascinant et subversif du discours utopiste : il tente une improbable superposition des idées et du réel en évacuant par là-même l'hypothèse de la divinité, ou au moins la met comme entre parenthèse. Pas besoin de Dieu, puisque l'homme, collectivement, peut arriver au paradis, ici-même, lui-même, par son intelligence et sa volonté.




Pour ouvrir ce cycle des utopies réelles, le choix s'est porté sur le Familistère de Guise, pièce maitresse de l'utopie réelle ouvrière enfin reconnue à sa vraie valeur et en cours de restauration complète.

Visite du Ministre des régions libérées au Familistère, 1924

D'inspiration fouriériste évidente, le Familistère est une création de Jean-Baptiste Godin, industriel fabricant des fameux poêles dont la marque a survécu. Envers et contre tous, alors que les enfants travaillaient encore dans les mines partout ailleurs, Godin a décidé à partir de 1846 de prendre en charge la vie de ses ouvriers en leur offrant le meilleur : logement, d'abord, mais aussi services communs (gaz à tous les étages, vide-ordures, lavoir, pouponnière, économats, jardins ouvriers, espaces de jeu...) et services culturels (bibliothèque, théâtre-salle de conférence)... Qu'on se rende bien compte : tout cela au milieu du XIX° siècle !

Le pouponnat en 1908

Le résultat vaut un voyage : toute la zone alentour de l'usine - qui est encore en activité - est peuplée de ces bâtiments en brique, quasi intacts et encore en fonction pour certains. Le familistère vit encore : ses logements sont maintenant une belle copropriété envahie par les enfants, qui adorent probablement se retrouver dans les espaces communs intérieurs et extérieurs, sa bibliothèque est encore une bibliothèque, les fils à linge collectifs de l'arrière des immeubles servent encore à étendre le linge et on donne encore des conférences et des spectacles dans son théâtre. Vive Godin et son palais ouvrier, témoignage bien réel du fait que les idées peuvent vraiment changer la vie.

Le lavoir en 1900