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lundi 5 août 2024

Séries de l'été : The Hour, Shogun, Baby Reindeer et quelques autres

Trois séries marquent la première partie de 2024, trois classiques, déjà.

D'abord The Hour, Arte relayant l'excellence de la BBC mais après plus de dix ans, hélas. La série a été diffusée dans les années 2011-2012 et propose deux saisons seulement, soit douze épisodes d'une heure.

The Hour relate la mise en place en 1956, puis le développement de la principale émission politique de l'époque. Et on observe, comme in vivo, le laborieux travail d'indépendance du média télévisuel vis à vis du pouvoir politique, à l'époque où, en France, un Ministre de l'Information exerçait une tutelle directe et totale sur l'ORTF. 

Deux modèles différents, deux niveaux de tolérance différents, mais dans les deux cas, rien n'était facile, ni acquis, ni évident : chaque mot était pesé quand il s'agissait d'actualité sensible pour le Royaume.

Comme souvent à la BBC, tout est excellent : décors, intrigues, acteurs (Dominic West et Ben Whishaw).

Ensuite, l'énorme Shogun, produit par Disney, inspiré du best-seller éponyme de James Clavel, publié il y a déjà...50 ans. Et la série des années 80 bien connue l'avait popularisé déjà.

Le Shogun de 2024 est somptueux en matière de décors et costumes. Au point même d'oublier tout le reste : l'intrigue, le jeu des acteurs, le contexte historique... Bref, il faudra revoir l'ensemble de la mini-série tant il reste à voir, même si l'ensemble peut paraître un peu lent. Mais nous sommes au Japon au XVII° siècle !

Aux premiers temps du XVII° siècle, le Japon développe une société particulièrement raffinée, mais aussi isolée et minée par les guerres intestines. Aller au Japon à l'époque, c'était comme aller sur la planète Mars aujourd'hui. Seuls les Jésuites ont droit de cité grâce à leur habileté diplomatique, culturelle et linguistique : les Jésuites étaient capables d'apprendre d'importe quelle langue si c'est nécessaire.

L'arrivée d'un navigateur écossais perturbe le tableau et constitue l'essentiel du ressort narratif. 

Une mention tout particulière pour l'acteur Hiroyuki Sanada, qui joue le personnage du futur Shogun, hiératique et marmoréen : less is more, peut-on dire de son jeu. Cet acteur a une filmographie énorme, et dans tous les genres : donc, forcément, vous l'avez déjà vu quelque part.


Enfin, la mini-série Baby Reindeer : encore une bonne pioche pour HBO, mais c'est presque toujours le cas. Elle s'inspire directement d'un fait divers : le harcèlement  cauchemardesque de Richard Gadd, humoriste écossais par une groupie entre 2015 et 2017. 

C'est Richard Gadd qui joue d'ailleurs son propre personnage dans la série, ce qui lui donne une dimension supplémentaire, que Netflix a d'ailleurs bien aperçue en la produisant.

La vraie harceleuse est maintenant devant les tribunaux, mais cette fois comme plaignante, s'estimant diffamée par son personnage dans la série.

Mais le grand intérêt de la mini-série est d'abord de parfaitement décrire les ressorts du harcèlement tout au long des sept épisodes. L'écriture du récit est juste, précise, parfaitement crédible... 

Si le harcèlement n'est pas vraiment nouveau, les nouveaux moyens de communication ont permis d'en décupler les effets sans pouvoir être équilibrés par d'autres outils, restant à inventer. Mais Baby Reindeer nous donne déjà un bon diagnostic sur cette perversion contemporaine devenue si fréquente.


Comme la dernière publication sur les séries avait souligné les portraits de trois personnages féminins, les séries de l'été nous apportent cette fois quatre portraits de personnages masculins intéressants.

Lawmen Bass Reeves (en français : Lawmen : L'Histoire de Bass Reeves), série de l'univers Yellowstone/Paramount. Il s'agit d'un sherif noir ayant réellement existé, Bass Reeves. On s'attache rapidement à ce personnage intègre.. et on imagine sans peine quelle force de caractère il devait avoir pour exercer son métier à la fin du XIX° siècle. 

Dans la réalité, il a arrêté quelques 3 000 malfrats - quand même. On notera qu'il a dû en tuer 14 pour protéger sa propre vie.

Becoming Karl : il est étonnant que Disney ait pu produire ce biopic et on était très sceptique, flairant l'hagiographie pasteurisée.  La soupçon fut vite balayé, car la mini-série n'épargne pas les aspects les plus sombres de la période choisie, pas plus que les aspects les plus matériels - voire triviaux - de la vie de Karl Lagerfeld. Et on est même intéressé aussi par les débats internes à la La Fédération de la Haute Couture et de la Mode.

La série nous offre un casting percutant :  Daniel Brühl (on l'avait repéré déjà dans Good Bye, Lenin il y a... vingt ans, Théodore Pellerin (que la série permet de mieux repérer, lui, canadien bien francophone qu'il faudra suivre), Alex Lutz (souvent excellent dans ses rôles sérieux), Arnaud Valois (composition intéressante, car les comparaisons sont faciles en matière de clones cinématographiques d'Yves Saint Laurent) et...Agnès Jaoui - quand même.

HBO, encore, propose la mini-série The Sympathizer, construite aussi autour d'un personnage masculin, métis vietnamien-américain, maîtrisant les codes des deux cultures. L'acteur, Hoa Xuande, est australien dans les faits, et il faudra aussi le suivre. 

Les passionnés de l'interculturel trouveront beaucoup de stimulation intellectuelle dans le récit : ainsi, par exemple, les grossières erreurs relevées dans un film US sur la guerre du Vietnam sont-elles hilarantes...

La mini-série est inspirée d'un roman de Viet Thanh Nguyen, qui a collectionné les prix :  prix Edgar-Allan-Poe du meilleur premier roman, prix Pulitzer de la fiction et prix du Meilleur Livre étranger en 2017 en France. 

On attendrait vivement la deuxième saison, hélas totalement hypothétique. 

Enfin,, la série Willy Trent propose un personnage de policier atypique dans la série du même nom sur Disney, complexe et très attachant.

Pour mémoire, il est aussi possible de mentionner les productions suivantes :

- Citoyens clandestins, sur Arte, mini-série d'espionnage quasi-complotiste avec le meilleur des acteurs français : Raphaël Quenard, Pierre Arditi, Nicolas Devauchelle, Frédéric Pierrot... Quatre épisodes seulement à ce jour : on espère qu'elle aura une suite. Le ton rappelle celui à certains moments du Bureau des Légendes : cynique, réaliste, ambivalent

Elsbeth : la série est un spin-off fantaisiste de The Good Fight, lui même issu de la grande série juridique The Good Wife l'ensemble étant produit par CBS.

Quand on aime l'univers de The Good Fight - un des meilleures séries actuelles sur les Etats Unis - on aimera Elsbeth : nous sommes à New-York et non plus à Chicago, et sur le terrain direct du crime, et non pas dans les hautes stratégies d'avocat de la défense. 

A la fin des fins, l'immense déception par le dernier péplum d'Amazon, Those about to die doit être mentionnée. 

Que de moyens ! Et on convoque Anthony Hopkins pour faire venir le bon peuple...

Pitié, donnez ces moyens à HBO pour que cette chaîne nous donne enfin une suite à Rome, série indépassable sur l'antiquité romaine, plutôt que de les gâcher dans des effets spéciaux complètement à côté de la plaque, des séquences racoleuses et des acteurs bien mal utilisés.

mardi 2 juillet 2024

Lieux singuliers (17) : la Villa Laurens à Agde : l'Art nouveau, au Sud




1871 : après la défaite de Sedan, l'Alsace et une bonne partie du Nord de la Lorraine deviennent allemandes, dont Metz. Du coup, Nancy devient une ville quasi frontalière : elle est à 30 km de la nouvelle frontière et toute la géographie politique, administrative et humaine de la région en est bouleversée, avec son cortège de réfugiés fuyant les bouleversements induits.

Et parmi eux, de nombreux artistes et artisans de haute volée qui trouvent dans la bonne ville de Stanislas un abri propice. Cette concentration inattendue de talents, confrontée directement à une esthétique prussienne - plutôt rigoriste - mise en œuvre à Metz ou à Strasbourg,  explique la naissance et l'essor de l'Art nouveau, fondant l'Ecole de Nancy. 

Architecture, verrerie, cristallerie, vitrail, ferronnerie, ébénisterie, papier peint, typographie, imprimerie, reliure d'art, orfèvrerie, dessin, estampe, affiche publicitaire, photographie (notamment) sont mis à contribution dans une approche esthétique globale, opposant ses courbes, ses éléments végétaux, sa légèreté à une approche plus teutonne.

De ce fait, l'Art Nouveau s'est développé à partir du Nord-Est de la France et de la Belgique.

Or, à Agde, la Villa Laurens fait exception, comme lieu singulier. On l'appelle aussi Château Laurens, mais on préfèrerait garder le vocable de Villa, tout comme on parle de la Villa Majorelle à Nancy, ou la Villa Demoiselle à Reims, de la même époque.

L'architecture extérieure elle-même de la Villa est plutôt de style Palladien, assez éloigné des canons de l'Art nouveau. Mais l'essentiel des intérieurs est purement Art nouveau, comme les images le montrent.

L'histoire mouvementée du domaine de Belle Isle, où se trouve la Villa, peut se lire ici. On distinguera surtout le personnage d'Emmanuel Laurens, héritier par hasard d'une fortune colossale, initiateur des travaux effectués pour donner à la Villa sa forme actuelle. Ici aussi, et encore une fois, l'argent n'achète pas le bon goût et l'aptitude à réunir les compétences nécessaires. Cet héritier a manifestement bien utilisé sa fortune !

Après moultes vicissitudes, le domaine et la villa très dégradés sont enfin achetés par la Commune d'Agde en 1994 et le public y est accueilli depuis 2023, comme élément magnifique du présent et du futur de son rayonnement. Vive l'argent public, non ?

Les images sont ici

lundi 3 juin 2024

Sélection des images 2023

 





C'est bien tard, mais il a fallu trier, trier et encore trier pour enfin arriver à ces 459 clichés, instantanés d'une année complète très bien remplie, comme on verra.

Que de lieux enfin visités, appréciés, admirés, après les avoir laissés si longtemps sur la liste d'attente : le Musée de Picardie tout rénové, les grands Mémoriaux du Commonwealth du Nord de la France, la si belle et si agréable ville flamande d'Arras, les grandes et riches Abbayes nichées dans les boucles de la Seine, en Normandie, le séculaire et munificent Monastère royal de Brou - qui vaut une visite à lui-même -, le flamboyant parc du Château du Champ de Bataille, l'antique Trésor de Vix et le Musée qui le présente magnifiquement, l'extraordinaire ville baroque qu'est Dresde, et Leipzig, en plein festival Bach, et enfin l'Abbaye royale de Fontevraud... que l'on rêvait d'arpenter depuis si longtemps, au milieu des tombes si prestigieuses qui l'inspirent encore.

Et puis de belles surprises, bien plus agréables que l'on aurait pensé : les Eglises fortifiées de Thiérache, les passages couverts de Paris, les Invalides, les Musées parisiens moins connus (Cernuschi, Nissim de Camondon), le nouveau quartier des Batignolles et de la nouvelle cité judiciaire de Paris, Tours et ses trésors ligériens, sans oublier la toute neuve Cité internationale de la langue française à Villers Cotterêts.

Ajoutons encore le beau Musée des Beaux Arts de Dijon, digne enfin des Ducs, les somptueux vitraux de Grüber dans l'Abbatiale St Yved de Braine et les beaux endroits du Royans, aux portes du Vercors...mais il en reste encore à voir dans cette sélection !

"Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ?" (Marguerite Yourcenar, l'Œuvre au Noir)

Et 2024, bien entamée, sera également bien riche, soyez en sûrs !

Les images sont ici

dimanche 14 avril 2024

Sur la Playlist de la fin de l'hiver : JS Bach, Actus tragicus

Eglise de Mühlhausen au 18e siècle

Quel chef d'œuvre que cette cantate de Jean-Sébastien Bach, numérotée BWV 106 dans le répertoire général de ses œuvres !

C'est une œuvre de jeunesse de Bach : il l'a écrite à 22 ans, comme organiste de Église Saint-Blaise de Mühlhausen dans les années 1707-1708.

Est-ce de l'ambiance noire de cette ville, qui a connut deux siècles plus tôt une théocratie radicale et violemment égalitaire instaurée par un disciple de Luther, Thomas Müntzer, qui a inspiré l'Actus tragicus, nom donné à cette cantate et on verra pourquoi.

Mystique, spiritualiste, apocalyptique, révolutionnaire, Thomas Müntzer fut célébré à l'époque de la RDA - nous sommes en Thuringe, ex-RDA - comme précurseur du communisme.

Le jeune Bach

Les paroles de la troisième partie de l'Actus tragicus résument très bien l'argument : 

Ah Seigneur, apprends-nous à penser
que nous devons mourir
pour que nous devenions sage.

Ach, Herr, lehre uns bedenken, (Psaume 90:12)
daß wir sterben müssen,
auf daß wir klug werden.

Nous sommes donc dans les pages les plus sombres de la théologie protestante, célébrée par cette musique savante et sobre.

L'instrumentation de la cantate correspond au dénuement de son thème : deux flutes à bec,  deux violes de gambe et un orgue, en ajoutant bien sûr les solistes et un chœur. Par contraste, les douces mélodies de l'œuvre donnent un sentiment d'humilité devant la mort, ordonnée par l'autorité divine à l'heure qu'elle choisit (En lui nous mourrons au bon moment, quand il le veut/In ihm sterben wir zur rechten Zeit, wenn er will dit le chœur initial)

Du coup, nous pensons tout de suite aux paroles que Jean-Sébastien Bach aurait prononcées sur son lit de mort quarante-deux années plus tard : Ne pleurez pas pour moi, je vais là où la musique est née

Pas mal.

Voici quelques interprétations de référence de l'Actus tragicus, mais l'internet en publie beaucoup d'autres.


mardi 30 janvier 2024

Lieux singuliers (16) : le Cimetière des Oubliés à Cadillac




 Lieu poignant que le Cimetière des Oubliés de Cadillac. Riverain du cimetière municipal, près de 4 000 malades mentaux y sont inhumés entre 1922 et 2000. Parmi eux se trouvent notamment 201 poilus, mutilés du cerveau comme on disait, rendus littéralement fous par la boucherie de 1914-1918.

Cadillac sur Garonne (c'est le nom complet de la commune) dispose d'une longue tradition d'accueil d'aliénés. Elle remonte au début du XVII° siècle, moment où le Duc de Gascogne y a fait construire un hospice moderne, selon les critères de l'époque. Il en était voisin, puisque le Château de Cadillac - magnifiquement rénové et confié au centre national des monuments historiques - était une de de ses résidences principales.

Mais c'est la Révolution qui a fondé ici en 1790 un véritable asile d'aliénés, devenu entre temps établissement public de santé, spécialisé dans la prise en charge de la maladie mentale et l'accompagnement des souffrances psychiques, tel que le projet d'établissement le désigne.

Il accueille aussi une des dix Unités pour malades difficiles (UMD) en France, désignation claire et simple, qui - par miracle - n'a pas été remplacée par un vocable abscons, euphémisant ou technocratique.

Ironie du sort ou signe du destin, un de ses murs extérieurs, vieux de plus de 200 ans, s'est écroulé dans la nuit du dimanche 22 janvier à lundi 23 janvier 2023, heureusement sans faire de victime.

Le Cimetière des Oubliés, tout près de l'hôpital, représente un grand morceau de l'histoire de la ville, et, partant, de l'histoire du pays. Il est réconfortant malgré tout qu'il ait été réhabilité il y a peu, compte tenu de l'immensité des  souffrances humaines qu'il a recueillies.

mercredi 29 novembre 2023

Sur la Playlist de la fin de l'automne : Jan Dismas Zelenka, le bohémien malheureux

 

Peu de monde connait Zelenka ici et c'est dommage. Né en 1679, mort en 1745, C'est un contemporain de Jean-Sébastien Bach : ils se sont rencontrés d'ailleurs. Et on sait de Bach appréciait sa musique, ce qui est un bon présage.

Originaire d'une petite bourgade proche de Prague, Zelenka est arrivé dans la trentaine à la Cour de Dresde, dont on a vu récemment l'importance politique et culturelle à l'époque et il n'en pas parti beaucoup, hormis quelques excursions vers les capitales proches : Vienne, Venise et Varsovie, Prague. Il n'a jamais été jusque Versailles, même si le souverain de Saxe à l'époque était un des rares alliés du Grand Roy en Europe.

Malgré sa longue résidence en Saxe, il semble n'avoir pas été reconnu à la hauteur de son talent : les postes les plus prestigieux lui ont échappé tout au long de sa carrière.



Son malheur se poursuit jusqu'au XX° siècle puisque les originaux de ses partitions ont été brulées dans le bombardement de Dresde à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Mais on connait sa musique grâce à des copies, diffusées au fil des siècles car celle-ci a été progressivement reconnue et appréciée.

Le catalogue de ses œuvres compte 250 œuvres, majoritairement religieuses car il a été affecté aux églises de la capitale saxonne.

Toutefois, sa musique de chambre arrête l'oreille : il fait partie de ses compositeurs dont on reconnait les œuvres à l'écoute, même par un non-spécialiste. C'est une musique vive, joyeuse, colorée. Le contraire du penchant naturel de son compositeur.

L'enregistrement de la musique de Zelenka  a trouvé tout naturellement dans le grand torrent des découvertes de la musique baroque, notamment tchèque, depuis une cinquantaine d'années.

L'ensemble de ses œuvres sont disponibles de manière ordonnée sur YouTube, ce qui est un fait remarquable sur ce lien.

Voici quelques œuvres en musique de chambre.



Et en matière de musique vocale, voici trois arias qui valent l'écoute, toutes les trois interprétées par Jakub Józef Orliński, le contreténor qui monte, monte, monte. On passera sur les facéties médiatiques d'un des clips (il est produit pour Warner...) : sa magnifique voix et sa maîtrise vocale rachètent largement ses penchants médiatiques. 




dimanche 19 novembre 2023

Normandie 2023 : des Abbayes... et un Château



 La Normandie est terre d'Abbayes. Il fallait prendre le temps d'en visiter quelques unes... Qu'elles étaient puissantes, du temps ou la Normandie était partie de l'Angleterre : centres diplomatiques, universitaires, politiques, économiques, scientifiques, agraires en plus d'être religieux, bien sûr, ces grands établissements ont structuré profondément tout le moyen âge. Et certaines sont encore en fonction depuis plus de dix siècles : de quoi donner le tournis.

L'intrus de la série est le Château du Champ de Bataille, qui, lui, n'a que 350 ans d'âge. Mais le lieu rendait sa visite quasi-obligatoire, même un jour particulièrement pluvieux. Nous y sommes dans l'excellence à tous les points. On y retournera, par exemple un jour de beau temps...

Les images sont ici


samedi 11 novembre 2023

Séries de l'été : Babylon Berlin, 1883, 1923, La Fortuna, Un Conte parfait, Maid, Surface, Wilderness, Maid, The Crowded Room, The Patient

 Belle moisson d'été, en quantité et en qualité.

D'abord la découverte de deux univers très différents, pas tout à fait récents, mais qui valent le temps : Babylon Berlin, série allemande, et les préquelles de Yellowstone : 1883 et 1923, signés par Paramount, tout comme la série originale.

Après l'allemand et l'anglais, on a entendu un peu d'espagnol (cette langue est terriblement télégénique !)  dans les séries la Fortuna et Un cuento perfecto (Un conte parfait)

Et on ajoutera, pour faire bonne mesure, les autres séries issues de l'univers anglophone aussi : Maid, , Wilderness, SurfaceThe Crowded Rooma et The Patient. Ouf !



Babylon Berlin est une grande série, qui compte déjà quatre saisons. Les moyens mis à disposition sont énormes : le spectateur est transporté directement dans le Berlin des années vingt-trente et on oublie vite ce qu'il faut mettre en œuvre pour reconstituer la ville à l'époque.

Et si on commence à regarder dans le détail, on est bluffé : la palette graphique ne suffit pas pour mettre en images par exemple l'Alexanderplatz avec ce réalisme. Et ainsi de suite, rue par rue : innombrables véhicules d'époque, fils électriques et mobilier urbain modernes dissimulés, purge des façades de tous leurs éléments modernes etc. Voici pour l'énorme boulot des décorateurs.

Sur l'intrigue proprement dit, elle mêle chronique policière et vie nocturne berlinoise - foisonnante à l'époque comme il se doit : nous sommes dans les années folles, et dans une capitale folle, comme on l'a souvent dépeinte.

C'est que l'ambiance de Berlin était tout à fait spéciale, qu'on ne retrouvera jamais historiquement : libérale de mœurs, marquée par les forts antagonismes des partis extrêmes dans une société qui paye au prix fort la défaite de 1918 financièrement mais aussi culturellement et socialement...

Les quatre saisons (2017 à 2022, 10 épisodes par saison) nous en mettent plein les yeux, même si les fils narratifs  des troisième et quatrième saisons ne paraissent pas toujours cohérents. 

Ainsi les tribulations de la pègre berlinoise font souvent digression, ne semblant pas se rattacher aux personnages principaux. 

Dommage. Mais c'est un détail, qui n'enlève pas beaucoup à la série. On la reverra, car elle le mérite.




La série Yellowstone avait été laissée de côté : encore une série américaine... évidemment à la gloriole des Etat Unis, s'était-on dit... Et elle n'est toujours pas visionnée, mais cela ne saurait tarder.. 

Elle fait partie de ses grandes séries qu'on laisse murir dans un coin, comme ce fut le cas pour Babylon Berlin d'ailleurs.

Mais on s'était intéressé à 1883, car la période est plus motivante : il s'agit de celle du peuplement de la côte ouest à partir de la côte est, donc essentiellement par des populations migrantes venant d'Europe.

1883 fait un effort historique tout particulier : on suit le convoi d'un groupe d'immigrés venant d'Allemagne dont la destination est la côte nord Pacifique. On traverse des immensités naturelles, dangereuses comme la mort, quelle soit causée par les éléments naturels ou par la violence humaine. 

On note au passe que la série décrit surtout la violence des immigrants entre eux plutôt que celle des populations indigènes.

Et tout le long des épisodes, une question : que va-t-on chercher, si loin de chez soi ?

1923 se trouve dans le même univers, mais ne quitte pas le Montana, où les personnages principaux se sont fixés depuis quarante ans, sur la route de 1883

Bonne réalisation, excellents acteurs - on retrouve Harrison Ford en patriarche très crédible. Mais il en a l'âge désormais.

Paramount a mis à disposition de grands moyens pour attirer les foules, au moment où la plate-forme tente de faire sa place dans le paysage médiatique français.

On peut regarder l'ensemble, de préférence sur un grand écran car les cadrages et les paysages le valent.




Les deux séries suivants doivent être écoutées en espagnol. Elles partagent le même acteur principal, Álvaro Mel

Ce nom doit être mémorisé car après ces deux séries, il ne sera pas loin d'Hollywood, et on le verra partout bientôt s'il ne se fait pas manger par les crocodiles d'ici là, car son jeu est parfait, surtout dans le contre-rôle que lui donne la série La Fortuna, petit fonctionnaire débutant du service espagnol à la protection du patrimoine.

La Fortuna est particulièrement intéressante : il s'agit de sauver d'une épave - celle du galion La Fortuna - de l'avidité d'un chasseur de trésor peu scrupuleux, très américain évidemment. 

La réalisation de la série a été confiée à Alejandro Amenábar, seule série qu'il ait tournée jusqu'ici. Cela se sent : bonne intrigue, bons acteurs, bonne réalisation.

C'est une coproduction américo-espagnole financée par Movistar+(le Canal+ espagnol) et par le réseau américain AMC.

Beaucoup plus intimiste est Un conte parfaitcomédie romantique un peu sirupeuse, dont l'argument a été vu mille fois : le garçon sans le sou capte l'héritière très riche. 

Vite vue, vite oubliée peut-être, comme Netflix en produit maintenant à la chaine. Elle ne se justifie ici que pour avoir une autre idée des qualités d'Alvaro Mel, dans un tout autre rôle en l'occurrence.

Elle permet aussi d'entendre encore un peu d'espagnol, ce qui est toujours un grand plaisir quand on s'intéresse un peu aux langues latines.


Maid est une mini-série de la veine hyperréaliste américaine. Tout comme il existe aux Etats Unis une peinture hyperréaliste. Et on se souvient à l'occasion de la phrase bien connue de Coluche dans sa période "sociale" : Cela sert à quoi de vivre dans un pays riche si tout le monde y est pauvre (citation approximative).

Belle série, qui a été remarquée par beaucoup de monde.

Maid met en scène une invisible, comme on dit maintenant, qui essaye de se sortir d'une situation que connait beaucoup de monde dans nos pays, celle des travailleurs pauvres. 

Constat mille fois souligné par les sociologues et les économistes : à ce point d'accumulation et de manque de répartition de la richesse, une partie des travailleurs ne peuvent pas vivre de leur travail.

Et la charité toute relative d'une partie de la société, individuellement ou collectivement, n'y change rien : les riches deviennent mécaniquement plus riches, et les pauvres s'appauvrissent à mesure. 

Dans le pays du capitalisme triomphant, la série en est une fable contemporaine, parfaitement incarnée par de très bons acteurs, servis par une excellente réalisation.

Alors, qu'en penser, puisque rien ne semble contrarier cette situation ? Sommes nous vraiment au bout du bout d'un système ? 

Pas sûr... Et une deuxième saison serait désespérante. Elle n'est pas prévue et on se demande bien pourquoi.



Pour continuer, deux mini-séries bien sombres autour sur la vie de couple.

Surface, série d'Apple plus, ne doit pas être confondue avec une autre série Surface, mais dans le genre fantastique et proposée par NBC sur la vie aquatique. 

Notre série Surface d'aujourd'hui tourne autour de l'amnésie d'une jeune femme, permettant d'envisager mille hypothèses pour elle, et, avec elle, le spectateur, sur son récent passé. Elle est tombée à l'eau d'un bateau : suicide ou tentative d'homicide ?

Ce doute permanent finit par ronger les personnages : idylle ou enfer conjugal ? Fidélité sans faille ou trahison permanente ? Confiance mutuelle ou sinistre comédie ? Faites votre choix...

On retrouve le même acteur britannique dans le rôle du mari dans la mini-série WildernessOliver Jackson-Cohen, ce qui n'est pas bon signe pour l'intrigue de cette deuxième série, peinte en noir profond aussi. 

Mais on regardera aussi tout particulièrement le principal personnage féminin. Son jeu est magnifique, tout en nuances, jouant en même temps la tendresse conjugale et le calcul froid de la rancœur. 

Comme époux, on n'aimerait pas se retrouver face à ce personnage insondable. Mais le spectateur sait qu'il a bien mérité ce qu'il lui arrive..

L'actrice est Jenna Coleman, britannique aussi. Elle avait déjà été remarquée dans la série britannique (ITV) Victoria (2016-2019). A 37 ans, il est surprenant qu'elle ne soit pas plus connue des productions internationales, mais cela va changer bientôt sans aucun doute.

La série est produite par Amazon et n'appelle pas de deuxième saison, et on comprend pourquoi.



Last but not least, deux séries qui traitent de la maladie mentale avec les ressources d'une série, c'est à dire permettant de s'attarder sur les détails des personnages, sur leurs origines et sur leur environnement. C'est même la grande différence entre long métrage et série.

L'amateur de série pourrait trouver les films de cinéma beaucoup trop elliptiques sur certains sujets : la maladie mentale en fait manifestement partie.

La composition de Tom Holland dans The Crowded Room est formidable et étonnante pour ce jeune acteur britannique, bien plus connu pour ses rôles dans les grandes productions de super-héros. 

Sans fard, sans simagrées, sans même sourire, il montre là qu'il est un vrai acteur : son jeu n'a aucun besoin des gros mécanismes des superproductions pour faire face à la caméra. Tant mieux pour lui : l'âge venant, on peut l'attendre donc dans des films plus dramatiques.

Produite par Amazon Video, la série The Patient n'a sans doute pas la même complexité que la précédente, mais son succès auprès du public n'est pas usurpé. Difficile d'en dévoiler les ressorts tragiques ici, sauf à gâcher l'envie du lecteur. 

Que celui-ci s'y laisse entraîner, mais il n'est pas sûr qu'il en ressorte intact. Mais c'est le jeu des images animées.

samedi 26 août 2023

Le Trésor de Saint Yved


Quelle belle Abbatiale que cet édifice, dédié à Saint Yved, évêque de Rouen des premiers temps du christianisme. Bien ramassée, très harmonieuse dans ses formes architecturales, elle est devenue église paroissiale au XIX° siècle après bien des vicissitudes.

Nous sommes à Braine, entre Soissons et Reims, sur la route qui conduisait les Princes à leur sacre. De retour, ils étaient Rois.

Bien après, la première guerre ici fut une grande épreuve, comme pour tous les monuments historiques proches de la ligne de front. Et comme partout ailleurs, les vitraux, souvent moyenâgeux, ont été soufflés en premier, impossibles à retrouver dans la poussière des bombes.

Est le miracle est arrivé : on a confié le remplacement de ces vitraux à Jacques Grüber : 21 baies, dont deux rosaces. Et cela faisait si longtemps qu'il fallait les voir.

Les images sont ici


mercredi 16 août 2023

Dijon, Le beau Musée des Ducs

 




Quelle histoire, que celle de la Bourgogne, toujours singulière dans ses choix, ses parti pris et sa diplomatie du temps où elle maîtrisait totalement son gouvernement, jusqu'au 4 juin 1595... date à laquelle le Roi de France de l'époque  prenait possession de son territoire.

Mais il reste toutes ces collections, de toutes les époques et à l'intérieur même du Palais des Etats de Bourgogne et Palais des Ducs, actuellement aussi Hôtel de Ville.

Le Musée a été rénové et rouvert en 2019. C'est un must à Dijon, évidemment.




samedi 5 août 2023

Une visite du Musée de Picardie

Tout beau, tout rénové... Voici un beau musée de Picardie, qui valorise toutes ses collections, très diverses et qui soigne aussi ses visiteurs en lui dédiant un bel espace de repos, ce qui est exceptionnel.

Les collections ont été constituées pour l'essentiel au XIX° siècle à partir de dotation de l'Etat (notamment du Musée du Louvre)... Pas de pillage révolutionnaire donc, apparemment. 

La collection d'antiquités égyptiennes - qui vaut le coup d'œil - et les peintures nombreuses du XVIII° et XIX° siècle constituent l'armature du Musée. 

C'est à Amiens bien sûr.





mercredi 12 avril 2023

Sur la Playlist du Printemps : les Folies d'Espagne

 Quel succès que cet air, composé et recomposé des centaines de fois depuis le XVI° siècle, dans de tant de variations et d'instrumentation ! 

Les Folies d'Espagne sont apparues sur le papier apparemment en Espagne en 1577, mais des transcriptions de chansons et de danses plus anciennes ont laissé des traces dans l'histoire de la musique du côté du Portugal.

Connue aussi sous son nom espagnol et sans sa forme courte - La Folia - est un vrai grand Tube que tout amateur de baroque a entendu des milliers de fois, sous une forme ou sous une autre, sous la plume des plus grands compositeurs : Vivaldi, Corelli, Scarlatti, Lully, Marais, Bach, Purcell...

Un amateur s'est même amusé à rechercher quarante versions enregistrées des Folies d'Espagne sur son blog.

On peut aussi retrouver des traces de la Folia chez des compositeurs bien plus proches dans le temps comme Liszt ou Rachmaninov.

Et pour faire bonne mesure, les grands succès cinématographiques sur la musique baroque ont bien évidemment annexé la mélodie à leur BO, notamment Le Roi danse ou Tous les matins du monde.

Et comment peut-on expliquer cet engouement ? Facilité de mémorisation ? Prétexte facile à virtuosité instrumentale ? Air appropriable facilement par tous les instruments de l'époque ? Reprises innombrables et rediffusées dans toute l'Europe ? Allez savoir !

Bref, les Folies d'Espagne, sont une vraie folie et faites attention : l'air ne quittera pas vos oreilles de la journée...

Quelques vidéos parmi des centaines, pour se limiter à Marais, Lully et Corelli, qui sont les variations les plus abouties après plus de deux siècles de rengaine. Et pour finir, une version chantée plus ancienne de Henry Le Bailly.






dimanche 19 mars 2023