Blog perso pour se faire plaisir et communiquer avec les amis qui sont loin, et tous les autres : visites, impressions, découvertes...
Les humeurs quotidiennes ont été reléguées sur Facebook. J'ai dû désactiver les commentaires à cause des spams, désolé.


Affichage des articles dont le libellé est séries. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est séries. Afficher tous les articles

lundi 5 octobre 2026

Les meilleures séries du printemps et de l'été 2026

 Il devient presque qu'impossible de se fier à l'étiquette USA pour les nouvelles (bonnes) séries : comme on l'a déjà remarqué, nous sommes souvent dans de sordides histoires de drogue, de sexualité pasteurisée ou d'extrême violence... Sans aucun doute un signe des temps, mais qui doit sans doute inquiéter.

Heureusement, ce semestre rattrape largement la qualité des séries repérées ailleurs, avec une nouvelle fois le Royaume-Uni en tête. Il faudra bien, un jour, tenter d’expliquer pourquoi les séries britanniques sont si souvent d’une telle qualité. Sans doute faut-il chercher du côté de l’appétence des Britanniques pour le théâtre, ancrée dans une tradition séculaire. Peut-être aussi du côté de la qualité des acteurs… mais les deux sont évidemment liés.

Le Royaume-Uni nous sauve donc cette fois encore, d’abord avec The Capture, produite par la BBC One. 

On rêve évidemment d’avoir, en France, un service public capable de produire de telles merveilles de téalité-fiction.

The Capture nous plonge dans notre monde hypernumérique, aussi effrayant que déjà bien réel. Son sujet : pousser à leur maximum les possibilités de manipulation de l'image et du son, jusqu'à pouvoir truquer en direct des discours publics et intervenir dans les médias, quels qu'ils soient.

 L’idée fait d’autant plus froid dans le dos qu’elle ne relève plus vraiment de la science-fiction. On peut aisément imaginer un monde de communication saturé de fake news, ce vieux problème de la manipulation de la vérité que Platon dénonçait déjà, à sa manière, avec l’allégorie de la caverne — mais auquel les technologies contemporaines donnent des moyens d’une sophistication inédite.

La série compte trois saisons de six épisodes d’environ une heure : un format que l’on apprécie particulièrement, parce qu’il laisse le temps de développer un récit complexe et détaillé. Et il en faut du temps pour suivre des intrigues à la fois techniques, politiques et particulièrement retorses.

La série était d’ailleurs en avance sur son temps. La première saison date déjà de 2019, la deuxième de 2022, tandis que la troisième est arrivée en juin 2026. Celle-ci, pour le coup, tombe presque à point nommé, à l’heure où les deepfakes sont devenus omniprésents et où les possibilités de manipulation à grande échelle de l’information et de l’opinion ne relèvent plus de la seule imagination.

Cette troisième saison ajoute aussi la question de la guerre assistée par intelligence artificielle. Que de pertinence dans cette série !

Impossible, par moments, de ne pas penser à Black Mirror, indépassable dans son genre. Les amateurs de dystopies proches — suffisamment proches pour être inquiétantes parce qu’elles pourraient presque déjà être notre présent — devraient donc y trouver largement leur compte.

Il faut aussi penser à une série comme The undeclared War, dont la deuxième saison vient de sortir et dont on avait rendu compte en 2022.

The Undeclared War et The Capture ont d'ailleurs un point commun assez remarquable : elles ne se contentent pas de raconter des histoires d'espionnage ou de cyberattaques. Elles interrogent directement notre rapport à l'information, à la vérité et désormais à l'intelligence artificielle.



On avait gardé sous le coude Adolescence, encore britannique : on savait que la mini-série de 2025 serait particulièrement percutante dans l'excellence et le propos. Et on n'a pas été déçu par ce voyage dans la psyché de la première adolescence - le principal personnage a 13 ans.

Quatre épisodes de 50 à 60 minutes dissèquent une affaire de meurtre au fond, chaque fois sous un angle différent : famille, travailleurs sociaux, police, puis la justice.

A regarder dès que possible, pour autant que l'on soit disponible intellectuellement pour se prendre ce choc de front et cette question, lancinante : comment éduquer au XXI° siècle ?

A rapprocher de cette série israelienne Bad Boy, toujours sur Netflix. Même volonté de pénétrer dans la psychologie d'adolescents confrontés à un environnement violent, même intelligence dans le traitement des personnages. La performance des acteurs et de toute l'équipe doit être saluée dans les deux cas.


Et nous continuons de ce côté de la Manche avec Happy Valley, produite par la BBC et proposée par Arte. 

La série présente un portrait social de l'Angleterre contemporaine : pas reluisant sans doute, mais certainement crédible. Elle s'organise autour de Catherine Cawood, sergent de police dans le Yorkshire, personnage à la fois profondément humain, fragile et extraordinairement solide, qui semble devoir porter sur ses épaules les dysfonctionnements de toute une société — ainsi que ses propres blessures. Un grand personnage de rédempteur !

Tout est excellent : l'ancrage territorial, la crédibilité des scénarios et des enquêtes, le jeu des acteurs, la complexité des personnages… Tout cela est si éloigné des thrillers souvent gnangnan et cheap de la télévision française ! 
Une mention particulière pour Sarah Lancashire qui tient toute la série sur ses épaules particulèrement solides.


Belle surprise que Proud : non pas à cause de sa production - HBO reste abonné à la grande qualité - mais parce qu'il s'agit d'une série polonaise. 

Le sujet aurait pu être délicat en Pologne. Mais la pertinence du scénario et de sa réalisation permettent de passer et de traiter au passage une question essentielle : qui est légitime pour éduquer les enfants ?

Une belle dissertation, très colorée, vive et intelligente, portée de très bons acteurs.



On ajoutera quelques mentions particulières notamment américaines pour la période (il  y a des exceptions, heureusement)

A Small Light, d'abord, consacrée à Miep Gies et à la famille d'Anne Frank. On craignait le pire, tant l'histoire est évidemment connue. Or la mini-série réussit à trouver un angle original en s'intéressant à ceux qui, à l'extérieur de l'Annexe, ont permis aux clandestins de survivre. La réalisation est subtile et sobre, donc d'autant plus efficace.



- Dutton Ranch : un spin-off de Yellowstone construit autour de Beth et son mari Rip. On regrettera beaucoup les formidables paysages du Montana, puisque la série nous transporte au fin fond du poussiéreux et torride Texas. 

Mais on y retrouve les ressorts narratifs de Yellowstone et les moyens considérables octroyés par Paramount. Et surtout le duo Beth-Rip, qui reste particulièrement efficace, dans leur nouvelle vie tout autant chahutée.


- Landman : toujours proposé par Paramount, et toujours au Texas, mais autour de l'industrie pétrolière.

Grosse boufferie trumpienne ? 

Pas du tout : on y apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement juridique, financier et technique de l'extraction de l'or noir. Ah oui : le Texas est aussi le  premier producteur d'énergie éolienne aux États-Unis, loin devant tous les autres Etats. De quoi réfléchir.


Ensuite une pépite australienne : Colin from account, produite par CBS. Une affaire adorable de couple et de chien.

Enfin, on notera pour mémoire l'arrivée de nouvelles saisons pour des séries apréciées :
  • Cent ans de solitude (Netflix, 2° saison)
  • Slow Horses (Apple TV, 6° saison)
  • Blue Lights (BBC, 4° saison)
  • Fauda (NF, 5° saison)
  • Babylon Berlin (ARD/Netflix, 5° saison)
  • Vigil (BBC, 3° saison)
  • Marshals - une affaire de Yellowstone (Paramount, 2° saison)
  • The Gentleman (Netflix, 2° saison)
Bonne saison automnale !

vendredi 13 février 2026

Les meilleures séries vues fin 2025


Lors des précédentes publications sur les séries, on avait remarqué la noirceur des productions américaines proposées au public ces temps-ci, souvent axées autour du crime, de la drogue et de la transgression. Signe des temps ?

Il a donc fallu aller chercher ailleurs pour tenter de garder un esprit à peu près équilibré dans un monde qui l’est de moins en moins. Car les séries, comme le cinéma, relèvent avant tout de la détente,       de l’« entertainment ».

On s'est réfugié d'abord en Angleterre : la sélection traitée cette fois est essentiellement britannique — et c’est tant mieux.

Avec All Creatures Great and Small, on ne pouvait guère mieux faire dans le sens recherché : un peu de bienveillance, un peu de romance pasteurisée… voire un soupçon de mièvrerie assumée.

On a eu tout cela, mais sur un plateau d’argent, car ces acteurs — tous britanniques — s'amusent à être excellents dans leur genre.

La période choisie pour le récit est importante : les années 1930, marquées bien sûr par l’ombre des deux guerres mondiales, mais aussi par la quasi-absence d’appareils électriques et de moyens de communication modernes. Seul le téléphone trône au centre du cabinet vétérinaire rural, comme il va de soi. 

Voilà qui facilite beaucoup la narration et allège le spectacle… sans même parler de la présence des animaux, au cabinet ou dans des fermes en pleine mutation. Car l’environnement économique et social n’est pas absent de la série : elle est enracinée dans une belle campagne du Yorkshire, mais certainement pas hors du temps.

La vie quotidienne du cabinet vétérinaire est finalement reposante. Du coup, on a avalé avec grand plaisir les cinq saisons disponibles — six épisodes d’environ 50 minutes chacune (plus l’épisode spécial de Noël, ajouté chaque saison, tradition britannique que l’on retrouve ailleurs). La série est proposée sur la plateforme M6+, très proche du public et de l’esprit de Channel 5, productrice de la série.

.

Encore une série policière, s’était-on dit… Quelle erreur ! Certes, les « Blue lights » sont de jeunes recrues dans la police du Royaume-Uni. Mais pas n’importe où : à Belfast.

Et cela change tout, car ils se trouvent immédiatement dans un chaudron toujours prêt à exploser, compte tenu de l'histoire chahutée de la ville. Cette ambiance très chargée donne à la série une humanité particulière : impossible de se dissimuler, de faire semblant ou de tricher — avec les collègues comme avec la population. Il faut payer cash avec sa personnalité, quitte à y laisser des plumes.

Une mention particulière pour l’actrice Siân Brooke, incarnant une assistante sociale reconvertie dans ce métier plus cadré, mais qui met à profit son expérience passée. Nouvelle recrue dans la police, mais pas novice dans la vie.

La série Blue Lights, est produite par BBC One, gage de qualité et d’intelligence : trois saisons de six grands épisodes d’une heure. J’apprécie ce format qui permet de fouiller la narration.

Bravo la BBC, encore et toujours.

Oui, je sais, Hornblower est déjà une antiquité en matière de série : un grand classique d’ITV diffusé de 1998 à 2003, adapté d’une série de douze romans de C. S. Forester publiés entre 1937 et 1957, peu connus en France mais célèbres au Royaume-Uni.

Hornblower est le nom d’un officier de la Royal Navy, incarné par Ioan Gruffudd, acteur gallois que l’on retrouve dans de grandes productions internationales.

Format inhabituel : huit épisodes chacun durant près de deux heures — autrement dit, de véritables longs métrages.

Horatio Hornblower — c’est l'identité complète du principal personnage — vit à une époque fascinante qui voit, en France, la monarchie absolue, la Révolution puis le Premier Empire. Les secousses de l’histoire française agitent évidemment toute l’Europe, et tout particulièrement sur les mers : le spectacle est saisissant.

La reconstitution de l’ère de la marine à voile est magnifique, juste avant que le progrès technique n’engloutisse ce monde à jamais.

Bref, il était temps de visionner enfin cette série : c'était une excellente idée.

Cette mini-série est particulièrement interessante pour ceux qui s'interessent à l'histoire du 20° siècle de l'Europe centrale, notamment pendant l'entre-guerres-mondiales. Ceux-ci sauront donc que Breslau s'appelle maintenant Wrocław, et c'est la troisième ville de la Pologne actuelle.

Mais avant la deuxième guerre mondiale, cette ville était allemande - même si elle était habitée par des Polonais de culture, de coeur et de langue. 

Et le récit se passe en 1936, juste avant les jeux olympiques de Berlin.. Et les policiers - les héros de la série - étaient bien polonais, mais qu'ils rendaient compte à une administration allemande farcie par les théories nazies. De quoi développer de bonnes intrigues policières.

La reconstitution de la Pologne des années 30 est parfaite, les acteurs connaissent leur métier et retracent bien l'ambiance pesante et sombre de l'époque.

La production de la série est polonaise, pour le réseau Star, filiale de Disney+. Elle ne compte qu'une seule saison de huit épisodes et le récit n'appelle pas de deuxième saison... mais l'histoire de s'est pas arrêtée en 1936, comme on le sait tragiquement. Alors on ne sait jamais. 

Quelques autres mentions particulières.

- Slow Horses — saison 4. Série d’espionnage britannique produite par Apple TV+, devenue quasi culte outre-Manche. Elle met en scène un service où l’on relègue les agents dont personne ne veut plus. La saison reste fidèle aux précédentes, peut-être encore plus ancrée dans l’actualité tragique du monde. Mention spéciale pour Kristin Scott Thomas, supérieure hiérarchique redoutable et hyper-compétente… mais incapable de se débarrasser de ce service encombrant. Tant mieux : on en redemande.

Curieusement, les Québecois l'ont intitulée Les Déshonorés... Alors qu'en français, on avait ce mot parfait : les Toquards, non ?


On ne l'attendait plus, la deuxième saison du Night Manager est arrivée... dix ans après (2016-2026) ! Nous sommes toujours dans l'espionnage british, et il n'est vrai pas facile de renouer les fils du récit dix ans après. 

Mais on finit par y arriver et on aime cette suite, toujours construite autour de l'acteur principal, Tom Hiddleston, qui trouve peut-être un rôle à sa mesure car il s'est surtout illustré dans des grosses productions à base de super-héros et autres. 

La série est produite par Amazon Prime video. On a trouvé sur ce réseau un peu poussif des réalisations de bien moins bonne qualité, et facilement...


Une autre série reposante, visible sur France TV : The Brokenwood Mysteries. Mais surtout c'est une série neo-zélandaise, c'est rare. 

Construite autour de quelques personnages volontairement accessibles et bien caractérisés, elle donne à voir quelques aspects de la société néo-zélandaise au fil des enquêtes policières au final assez simples.Mais quelquefois, la simplicité est salutaire et robuste.

Et preuve que la formule fonctionne : la série compte quand même dix saisons de quatre, puis de six longs épisodes, tous baignés de musique country, à partager avec le principal personnage.

vendredi 5 septembre 2025

Ajout de série : Empathie !


 On découvre qu’Empathie est enfin visible en France ! Nous avions gardé la série pour une prochaine publication, pensant avoir le temps avant qu’une chaîne française ne s’aperçoive de son exceptionnelle qualité et ne décide de la programmer.

Canal plus a eu du flair : Empathie, série québécoise et bien sûr tournée en langue française, vaut la visite.

Elle nous plonge dans l’univers d’un établissement psychiatrique, vu à travers le regard d’une psychiatre et de son accompagnateur, un « agent d’intervention » chargé de l’épauler dans tous ses déplacements, notamment lors des entretiens ou interactions avec les patients, dont certains se révèlent particulièrement violents.

L'actrice Florence Longpré, figurant le Docteur Suzanne Bien-Aimé, est la psychiatre. Et, surprise, on trouve Thomas Ngijol (Mortimer Vaillant dans la série), agent d'intervention, à ses côtés. Ce couple est bien intéressant :Suzanne, psychiatre bien déjà cabossée par la vie, fait le travail et Mortimer, français en rupture de son pays d'origine - la France, trouve sa place dans le récit, mais surtout dans un jeu d'acteur sobre et subtil.

Dans ce milieu où la matière humaine est scrutée de près, la série détaille les pathologies des patients de Suzanne, oscillant entre tragédie et comédie selon les situations. Les autres soignants sont également finement observés, de haut en bas de l’organigramme. On apprécie.

Mais surtout, la série séduit par ses dialogues magnifiques, ciselés dans une langue française précise, riche et efficace. On se régale à l’écoute de ces échanges qui restituent avec finesse les situations rencontrées et les relations — souvent difficiles — entre les protagonistes de ce microcosme.

Évidemment, l’ensemble ne masque en rien la fragilité de la santé mentale humaine. Au contraire, Empathie la met en lumière avec autant de talent que de délicatesse.

dimanche 10 août 2025

Les meilleures séries du début 2025

Six mois de séries, cela fait beaucoup à traiter… D’autant que nombre d’entre elles attirent l’attention et suscitent l’intérêt. On notera tout de même un intérêt décroissant pour les séries américaines, de plus en plus violentes, saturées de sang, de drogue et de sexe.

Mais on en sauvera trois, reléguées à la fin de cette publication.

L'adaptation de grands romans fait l'ouverture :  Guerre et Paix, Cent ans de solitude et Le Guépard. Rien que ça !

Et dans les trois cas, on n’est pas trop déçu — étonnant. Car souvent, on peut toujours craindre le pire en matière de passage de la littérature à la télévision. Mais le produit télévisuel n’a rien à voir avec le produit romanesque.

Guerre et Paix, présenté par Arte (évidemment), est une production BBC One. Tant mieux : on a échappé aux scénaristes de Netflix, dont la qualité baisse dramatiquement à mesure que le nombre d’abonnés augmente, à quelques exceptions que l'on verra plus bas.

La BBC, en l’occurrence, s’est donné les moyens de reconstituer la grande Russie de l’époque napoléonienne au fil de six grands épisodes (60 minutes chacun). On en redemande, et les différents sites internet dédiés attribuent de très bonnes notes de la part des téléspectateurs.

Le casting a été manifestement très soigné : pas mal d’acteurs de la nouvelle et talentueuse génération anglaise (Lily James, James Norton, Aneurin Barnard, Jack Lowden, Callum Turner : autant de noms à garder en mémoire), la production ayant manifestement choisi de rajeunir les personnages principaux du roman. 

On notera aussi un Napoléon incarné par… Mathieu Kassovitz, ce qui paraît être une bonne idée malgré tout. On y retrouve également Gillian Anderson, l’immortelle égérie des X-Files, et l'écossais Brian Cox — inoubliable patriarche de Succession — dans un Général Koutouzov parfaitement crédible.

On craignait aussi pour le traitement télévisuel de Cent ans de solitude après ce que l’on dit de Netflix, qui a produit cette adaptation. Nous sommes donc dans le registre de l’exception, au fil de huit grands épisodes (59–68 minutes). Là aussi, les notes des spectateurs sont bonnes, y compris chez ceux qui ont vraiment bien lu le roman, ce qui est une gageure : les lecteurs du roman semblent s'y retrouver dans la série. Alléluia.

Oui, on retrouve bien dans la série le souffle de l’épopée et des destins individuels et familiaux, dans une version simplifiée mais crédible, par la force des choses.

Cette coproduction américano-colombienne a manifestement bénéficié de très gros budgets. Le tournage, entièrement réalisé en Colombie — et c’est mieux ainsi — a nécessité l’aménagement de 52 hectares pour bâtir quatre versions de Macondo (le village fictif de référence) à différentes époques.

Rien à redire sur le casting, exclusivement colombien — ce qui est également préférable. Trois étoiles pour l’ensemble. 


Deuxième exception : Le Guépard, série produite par Netflix aussi, qui compte huit grands épisodes, présentés au public début 2025.

Cette fois, la gageure était double : d’abord reprendre le roman de 1958 de Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, duc de Palma, baron de Montechiaro et de la Torretta (et j’en passe !) ; ensuite, souffrir la comparaison avec le film de Visconti de 1963, grand classique du cinéma mondial, incarné par des monstres sacrés.

Concernant la série, la reconstitution est parfaite — tout comme dans le film d'ailleurs — : intérieurs, extérieurs, costumes… on se régale. La Sicile semble, dans tous les cas, un magnifique plateau de tournage.

Côté récit, on regrettera beaucoup que la série surévalue les intrigues sentimentales, alors qu’il s’agit d’abord d’un récit politique : celui de l’unification complexe de l’Italie. Les zigzags politiques de Tancrède sont peu exploités par exemple, alors qu’ils sont essentiels. Dommage.

Le casting, entièrement italien, déçoit un peu pour les trois personnages centraux… Mais qui peut lutter contre Alain Delon, Claudia Cardinale et Burt Lancaster, de plus dirigés par Visconti ?

Après ces trois monuments de narration, beaucoup d’autres séries de la période méritent d’être mentionnées.

Côté Australie, on regardera sur Arte Top of the Lake, dont la deuxième saison est arrivée récemment. Elisabeth Moss est toujours là, bien australienne, après avoir joué en première ligne dans de grandes séries américaines (Mad Men et The Handmaid’s Tale, rien que ça !). La participation dans cette saison de Nicole Kidman est aussi notable — elle aussi australienne.


Autre série australienne peu citée dans les médias francophones - son titre n'est n'ailleurs pas traduit en français à ce jour - mais qui vaut le coup d’œil : The Narrow Road to the Deep North, produite par MGM/MAX/HBO, souvent gage de grande qualité. On peut la voir également sur Amazon Prime. 

Cette mini-série adapte un roman relatant la captivité de soldats australiens dans la péninsule indochinoise, occupée par les Japonais. Épisode réel de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, il était resté totalement inaperçu en Europe. De manière inattendue, le personnage principal est incarné par Jacob Elordi, lui aussi australien, qu’on n’attendait guère dans ce type de rôle dramatique mais qui s’avère parfaitement crédible en médecin militaire.


Côté géopolitique, deux séries du Nord retiennent l’attention : Conflict et Soviet Jeans.

Conflict est une série finlandaise — et c’est important. Ces six épisodes présentent beaucoup de défauts : lenteur, lourdeur des dialogues, redondances… Mais elle est crédible sur un point essentiel : l'invasion possible de la Finlande par les Russes… Désinformation, utilisation de mercenaires, dissimulation des objectifs, fabrication d’une réalité « alternative », incertitude et division des élus politiques occidentaux Cela fait un peu peur. On peut la voir sur Canal+.


Beaucoup plus légère, Soviet Jeans est proposée par Arte. Mini-série lettone, elle raconte comment on a réellement fabriqué et distribué des jeans en URSS à la barbe des autorités soviétiques à la fin des années 1970. 

Entre charge anti-totalitaire et système D, les Lettons en connaissent un rayon sur les perversités du système soviétique. Au final, il est réjouissant, dans le contexte actuel, que cette histoire ait pu voir le jour, comme un pied de nez au système... quel qu'il soit, soviétique ou post-soviétique.

Enfin, on mentionnera pour mémoire l’excellente troisième saison de la série des séries : The White Lotus, toujours estampillée HBO, en espérant qu’elle sera suivie de beaucoup d’autres saisons, continuant impitoyablement de dépeindre les travers du tourisme haut de gamme, présomptueux et infatué.


Comme indiqué, on sauvera finalement deux séries américaines : Dexter: Original Sin et Masters of the Air.

Dexter: Original Sin est un préquel de Dexter (les Québécois disent une « présuite » — c’est drôle, non ?). Malgré son fond très contestable, Dexter reste une magnifique série, complexe, inventive et habile. Mais on peut ne pas aimer, évidemment.

Dexter: Original Sin aurait pu être totalement ratée, à force de tirer sur le filon « tueur en série ». Dans les faits, c’est un succès, retraçant les premières années professionnelles de Dexter.

L’acteur choisi pour incarner le jeune Dexter est pourtant assez éloigné physiquement du Dexter adulte. Mais le jeu et la finesse du scénario permettent d’oublier cet écart. Le nom de Patrick Gibson mérite d’être retenu. Il n’est pas si jeune (né en 1995) et sa filmographie est déjà solide. Et c’est un Irlandais ! Alors que Michael C. Hall, qui joue Dexter adulte dans les huit saisons (déjà) de la série originale, est bien américain.

On sauvera aussi Masters of the Air, série déjà un peu ancienne produite par Apple TV+, que l’on avait laissée en attente. Comme souvent, Apple TV+ n’a pas lésiné sur les moyens, reconstituant entièrement une base aérienne américaine de 1943 installée en Angleterre, dont la mission principale est de participer aux bombardements sur l’Allemagne nazie, déjà sur le déclin.

Les deux noms de Tom Hanks et Steven Spielberg apparaissent comme coproducteurs : autant dire que la qualité était au rendez-vous. C’est le cas.

dimanche 19 janvier 2025

A signaler : The Regime, la série dans l'air (délétère) du temps


 Evidemment, c'est HBO ! En anticipant sur la prochaine livraison des séries de l'hiver, on ne résiste pas à signaler dès maintenant la série The Regime... Objet télévisuel assez étrange : comédie dystopique et grinçante, mais bien en phase avec les frasques de la vie politique nationale d'ici et là. Tout y passe : démagogie, populisme, népotisme, réalité alternative, culte de la personnalité etc.

Le tout étant situé dans un magnifique palais d'Europe de l'Est dont on ne sort pratiquement pas. La série a été tournée notamment dans le Palais de Schönbrunn, à Vienne, dans la vraie réalité.

A la manœuvre : Kate Winslet, actrice et productrice. On avait beaucoup aimé son jeu dans Mare of Eastown, comme enquêtrice dans les banlieues ouvrières de Pennsylvanie et on a aimé la retrouver dans cet autre personnage, bien plus fantasque.

Un autre nom remarqué au casting : Stephen Frears, comme réalisateur. Quand même.

Compte tenu de la vague populiste qui déferle sur les démocratie occidentales, beaucoup d'autres séries suivront !! 

La satire permettra-t-elle de démystifier les grosses ficelles des démagogues ? A suivre.


dimanche 8 décembre 2024

Les meilleures séries de l'automne : Rivals, La Loi de Livia Poet, La Mesias et quelques autres

Hourra : le palmarès de cet automne (qui n'est pas fini !!) est 100% européen ! C'est la première fois. C'est que sans doute il se passe quelque chose dans le monde des médias européens... et qu'il se passe aussi dans le monde des médias américains.

On a le sentiment que les séries américaines rognent toujours leurs mêmes os : drogue, violence, sexe... 

Cette livraison principale est italienne, anglaise, espagnole.

La fine fleur des acteurs anglais s'est donné rendez-vous dans Rivals... Personnages complexes, situations étonnantes, dialogues magnifiques... 

Et même la bande musicale originale est excellente : elle ressemble à celle du White Lotus. Peut-être le même compositeur. On n'a pas trouvé les moyens de le confirmer mais on aime. 

Et avec un zeste de Downton Abbey, et on est comblé.

Rivals a été créée par Disney, qui continue d'investir dans l'excellence. 

La série se passe dans le monde des médias anglais. Et on se doutait que ce monde était impitoyable. Mais on ne savait pas qu'il créait des séries de haute qualité.


Enfin une série italienne : La Legge de Lidia Poët ! Oui, on peut critiquer pas mal de choses, sans entrer dans le détail, mais on peut aussi ne pas bouder son plaisir : magnifiques décors, costumes parfaits, extérieurs somptueusement reconstitués ou numérisés dans le Turin du XIX° siècle et récit historiquement fondé.

La série met en lumière la première avocate italienne, inscrite au barreau de Turin  le 9 août 1883, puis radiée quelques mois après, le procureur du Roi - nous sommes à l'époque en monarchie constitutionnelle - s'y opposant. 

Les inepties misogynes usuelles mille fois entendues au XIX° siècle en Europe sont largement développées dans la série et historiquement documentés. Au moins montre-t-elle quelle était la force des préjugés de l'époque contre les femmes et leur accès aux responsabilités professionnelles et sociales.

Dans la réalité et dans la série, Lidia Poët n'a pu exercer finalement son métier que par procuration, sous le mandat de son frère, avocat lui aussi. Elle ne put accéder au barreau qu'en 1920 : elle avait 65 ans. 

De quoi alimenter quelques belles saisons supplémentaires. Pour l'instant, la série compte 2 saisons de chacune 6 épisodes.

Quant à l'actrice principale, Matilda De Angelis, on sera content de la revoir dans le prochain Dracula de Luc Besson (Dracula: A Love Tale), qui sortira en 2025.


Ooups, quelle série ! Ecriture parfaite, quasiment cinématographique, récit captivant, acteurs excellents et sujet important, autour de l'emprise sectaire mêlant atmosphère pensante et mysticisme revisité 2.0 

De plus, c'est en Catalogne et en partie en catalan, ajoutant une dimension culturelle supplémentaire : la culture dans la culture en quelque sorte, alors que les deux réalisateurs sont bien espagnols.

Ne pas se laisser décourager par les premiers épisodes, le comportement de la mère, personnage principal, étant particulièrement irritant si on a une once d'empathie pour les deux enfants concernés, et que l'on voit grandir avec un certain soulagement au final.

7 épisodes très longs (60 à 77 mn !) permettent de comprendre dans le détail ces trajectoires, et jusqu'au bout. Grand spectacle, qui souligne la force des (bonnes) séries : le souci du détail et de l'explicitation des motifs, le cinéma étant beaucoup plus elliptique par la force des choses.

Javier Ambrossi et Javier Calvo, les deux réalisateurs et scénaristes, sont acteurs à la base, et ils sont encore jeunes : on suivra leur travail car on pourra sans doute y trouver quelques pépites à venir.

La série est produite par Movistar+, la principale chaîne payante d'Espagne et diffusée en France par Arte, qui creuse son sillon comme plate-forme de fiction devenue majeure en France, l'air de rien. La diffusion en France de séries européennes de qualité y aide évidemment.


Après ces trois monuments du moment, quelques autres réalisations peuvent être signalées

Kaos est américaine, produite par Netflix, mais son propos est original : reprendre les personnages et les récits de la mythologie grecque et les assaisonner à la sauce contemporaine. C'est bien réalisé et on y apprend des choses.

Il y manque cependant beaucoup de dieux et on aurait aimé de revoir à l'occasion par exemple Artémis/Diane ou Hermès/Mercure : on attend donc une deuxième saison (au moins !)

- 


Kleo, série allemande, est aussi proposée par Netflix en deux saisons pour l'instant de 7 épisodes. Kleo ressemble à un pastiche d'une série d'espionnage, mais elle fait le lien entre l'avant et l'après chute du mur, ce qui est intéressant en soi. Et on y trouve de féroces remarques sur l'histoire récente de l'Allemagne. 

Le personnage principal, Kleo, espionne formée à l'Est, compose un rôle savoureux, nourrie au communisme, qu'elle tente ensuite de transposer à la société capitaliste de l'ouest, puis de l'ensemble de l'Allemagne. 

Beaucoup de clins d'œil donc, et tant pis pour la crédibilité de l'ensemble. Les germanophones apprécieront aussi les dialogues, entre mots de l'est et de l'ouest... car les deux Allemagne ne parlaient pas tout à fait la même langue...


La mini-série australienne Population 11 mérite l'attention (6 épisodes). Construite autour de l'acteur américain Ben Feldman, elle se trouve dans le Bush australien, autant dire au milieu de nulle part, où les distances se comptent au minimum en centaines de kilomètres. On peut aimer ces territoires totalement ignorés du reste du monde.

Intrigue sophistiquée, situations hilarantes, jeu d'acteur jubilatoire... Elle a été produite par la chaîne payante australienne Stan et elle ne semble pas encore diffusée en Europe, mais elle le sera un jour forcément.

Stan est la même chaîne qui avait produit l'excellente série The Tourist dont on a parlé ici il y a deux années et demi qui a connu depuis une deuxième saison


Enfin, un naufrage, bien français : Philharmonia, série produite par France 2. Le vrai et seul personnage crédible de la mini-série est bien le bâtiment de la Philharmonie de Paris, qui aura très bientôt 10 années : les prises de vue le valorisent bien, et c'est tant mieux.

Pour le reste, rien ne va : intrigue bancale, personnages outrés, dénouement risible... 

Comme souvent, je suis totalement d'accord avec le Monde (Renaud Machart), qui est féroce : Philharmonia procure au moins une consolation : à mesure que les épisodes progressent et que le niveau s’effondre, on s’esclaffe devant ce colossal ratage (qui contamine le jeu de presque tous les acteurs). Au point qu’il ferait prendre le feuilleton Plus belle la vie, sur France 3 ­chaque soir ­depuis quatorze saisons, pour un chef-d’œuvre hautain et ­exigeant. 

On ne pourrait pas mieux écrire.

lundi 5 août 2024

Séries de l'été : The Hour, Shogun, Baby Reindeer et quelques autres

Trois séries marquent la première partie de 2024, trois classiques, déjà.

D'abord The Hour, Arte relayant l'excellence de la BBC mais après plus de dix ans, hélas. La série a été diffusée dans les années 2011-2012 et propose deux saisons seulement, soit douze épisodes d'une heure.

The Hour relate la mise en place en 1956, puis le développement de la principale émission politique de l'époque. Et on observe, comme in vivo, le laborieux travail d'indépendance du média télévisuel vis à vis du pouvoir politique, à l'époque où, en France, un Ministre de l'Information exerçait une tutelle directe et totale sur l'ORTF. 

Deux modèles différents, deux niveaux de tolérance différents, mais dans les deux cas, rien n'était facile, ni acquis, ni évident : chaque mot était pesé quand il s'agissait d'actualité sensible pour le Royaume.

Comme souvent à la BBC, tout est excellent : décors, intrigues, acteurs (Dominic West et Ben Whishaw).

Ensuite, l'énorme Shogun, produit par Disney, inspiré du best-seller éponyme de James Clavel, publié il y a déjà...50 ans. Et la série des années 80 bien connue l'avait popularisé déjà.

Le Shogun de 2024 est somptueux en matière de décors et costumes. Au point même d'oublier tout le reste : l'intrigue, le jeu des acteurs, le contexte historique... Bref, il faudra revoir l'ensemble de la mini-série tant il reste à voir, même si l'ensemble peut paraître un peu lent. Mais nous sommes au Japon au XVII° siècle !

Aux premiers temps du XVII° siècle, le Japon développe une société particulièrement raffinée, mais aussi isolée et minée par les guerres intestines. Aller au Japon à l'époque, c'était comme aller sur la planète Mars aujourd'hui. Seuls les Jésuites ont droit de cité grâce à leur habileté diplomatique, culturelle et linguistique : les Jésuites étaient capables d'apprendre d'importe quelle langue si c'est nécessaire.

L'arrivée d'un navigateur écossais perturbe le tableau et constitue l'essentiel du ressort narratif. 

Une mention tout particulière pour l'acteur Hiroyuki Sanada, qui joue le personnage du futur Shogun, hiératique et marmoréen : less is more, peut-on dire de son jeu. Cet acteur a une filmographie énorme, et dans tous les genres : donc, forcément, vous l'avez déjà vu quelque part.


Enfin, la mini-série Baby Reindeer : encore une bonne pioche pour HBO, mais c'est presque toujours le cas. Elle s'inspire directement d'un fait divers : le harcèlement  cauchemardesque de Richard Gadd, humoriste écossais par une groupie entre 2015 et 2017. 

C'est Richard Gadd qui joue d'ailleurs son propre personnage dans la série, ce qui lui donne une dimension supplémentaire, que Netflix a d'ailleurs bien aperçue en la produisant.

La vraie harceleuse est maintenant devant les tribunaux, mais cette fois comme plaignante, s'estimant diffamée par son personnage dans la série.

Mais le grand intérêt de la mini-série est d'abord de parfaitement décrire les ressorts du harcèlement tout au long des sept épisodes. L'écriture du récit est juste, précise, parfaitement crédible... 

Si le harcèlement n'est pas vraiment nouveau, les nouveaux moyens de communication ont permis d'en décupler les effets sans pouvoir être équilibrés par d'autres outils, restant à inventer. Mais Baby Reindeer nous donne déjà un bon diagnostic sur cette perversion contemporaine devenue si fréquente.


Comme la dernière publication sur les séries avait souligné les portraits de trois personnages féminins, les séries de l'été nous apportent cette fois quatre portraits de personnages masculins intéressants.

Lawmen Bass Reeves (en français : Lawmen : L'Histoire de Bass Reeves), série de l'univers Yellowstone/Paramount. Il s'agit d'un sherif noir ayant réellement existé, Bass Reeves. On s'attache rapidement à ce personnage intègre.. et on imagine sans peine quelle force de caractère il devait avoir pour exercer son métier à la fin du XIX° siècle. 

Dans la réalité, il a arrêté quelques 3 000 malfrats - quand même. On notera qu'il a dû en tuer 14 pour protéger sa propre vie.

Becoming Karl : il est étonnant que Disney ait pu produire ce biopic et on était très sceptique, flairant l'hagiographie pasteurisée.  La soupçon fut vite balayé, car la mini-série n'épargne pas les aspects les plus sombres de la période choisie, pas plus que les aspects les plus matériels - voire triviaux - de la vie de Karl Lagerfeld. Et on est même intéressé aussi par les débats internes à la La Fédération de la Haute Couture et de la Mode.

La série nous offre un casting percutant :  Daniel Brühl (on l'avait repéré déjà dans Good Bye, Lenin il y a... vingt ans, Théodore Pellerin (que la série permet de mieux repérer, lui, canadien bien francophone qu'il faudra suivre), Alex Lutz (souvent excellent dans ses rôles sérieux), Arnaud Valois (composition intéressante, car les comparaisons sont faciles en matière de clones cinématographiques d'Yves Saint Laurent) et...Agnès Jaoui - quand même.

HBO, encore, propose la mini-série The Sympathizer, construite aussi autour d'un personnage masculin, métis vietnamien-américain, maîtrisant les codes des deux cultures. L'acteur, Hoa Xuande, est australien dans les faits, et il faudra aussi le suivre. 

Les passionnés de l'interculturel trouveront beaucoup de stimulation intellectuelle dans le récit : ainsi, par exemple, les grossières erreurs relevées dans un film US sur la guerre du Vietnam sont-elles hilarantes...

La mini-série est inspirée d'un roman de Viet Thanh Nguyen, qui a collectionné les prix :  prix Edgar-Allan-Poe du meilleur premier roman, prix Pulitzer de la fiction et prix du Meilleur Livre étranger en 2017 en France. 

On attendrait vivement la deuxième saison, hélas totalement hypothétique. 

Enfin,, la série Willy Trent propose un personnage de policier atypique dans la série du même nom sur Disney, complexe et très attachant.

Pour mémoire, il est aussi possible de mentionner les productions suivantes :

- Citoyens clandestins, sur Arte, mini-série d'espionnage quasi-complotiste avec le meilleur des acteurs français : Raphaël Quenard, Pierre Arditi, Nicolas Devauchelle, Frédéric Pierrot... Quatre épisodes seulement à ce jour : on espère qu'elle aura une suite. Le ton rappelle celui à certains moments du Bureau des Légendes : cynique, réaliste, ambivalent

- Elsbeth : la série est un spin-off fantaisiste de The Good Fight, lui même issu de la grande série juridique The Good Wife l'ensemble étant produit par CBS.

Quand on aime l'univers de The Good Fight - un des meilleures séries actuelles sur les Etats Unis - on aimera Elsbeth : nous sommes à New-York et non plus à Chicago, et sur le terrain direct du crime, et non pas dans les hautes stratégies d'avocat de la défense. 

A la fin des fins, l'immense déception par le dernier péplum d'Amazon, Those about to die doit être mentionnée. 

Que de moyens ! Et on convoque Anthony Hopkins pour faire venir le bon peuple...

Pitié, donnez ces moyens à HBO pour que cette chaîne nous donne enfin une suite à Rome, série indépassable sur l'antiquité romaine, plutôt que de les gâcher dans des effets spéciaux complètement à côté de la plaque, des séquences racoleuses et des acteurs bien mal utilisés.

vendredi 1 mars 2024

Séries de l'hiver : Yellowstone, This is England, The Durrells, The Restaurant et autres

 Que de grands monuments vidéos cet hiver. On s'est régalé !

Yellowstone, la grande saga US de Paramount est enfin visionnée...à l'exception bien sûr du dernier épisode de sa dernière saison (épisode 9, saison 5) que personne n'a encore vu. Il n'est peut-être pas sûr qu'il existe encore d'ailleurs, car il devait être tourné alors que la grève des scénaristes, en mai 2023 faisait rage, laissant en plan pas mal de séries qui ont eu du mal à continuer ou à se terminer.

La grève est finie, mais on ne voit rien arriver. Une brouille professionnelle serait en cause entre Kevin Coster, acteur principal et producteur et le reste de la production. Nous aurions donc ici une série inachevée, comme c'était le cas de certaines symphonies... Pourquoi pas. Et on se rappelle au passage que le divertissement vidéo aux Etat Unis est une vraie industrie, comme toutes les autres.

Entre temps, Yellowstone est devenue une vraie "marque" Paramount avec ses séries dérivées, dont on a parlé ici et son esthétique bien reconnaissable, à base de grands espaces naturels vides filmés en panoramique.

Nous sommes dans le Montana, et de nos jours : il faut le préciser car nous avons affaire à une activité déjà ancienne, dont les derniers représentants occupent la série : l'élevage extensif bovin. Bref, nous sommes dans l'autre pays des cow-boys, le premier étant le Texas. 

Mais un pays extra-ordinaire : l'Etat du Montana compte un million d'habitants sur une superficie de deux tiers de la France. La densité de population y est de moins de 2,5 habitant par km². Mais on y compte 2,5 millions de bovins... Oups, c'est l'Etat le moins dense des Etats Unis après le Wyoming, son voisin, avec lequel il partage le grand parc national du même nom, Yellowstone.

Autrement dit, le Montana est une espèce de conservatoire naturel et humain, tout juste sorti du XIX° siècle, donc du Far West. Voici pour le cadre, survolé d'ailleurs par un hélicoptère siglé du ranch Dutton.

Le récit s'organise autour de la vie d'un ranch XXXL. On parle de 3 200 km² par recoupement, car cette superficie n'est pas mentionnée directement dans la série, soit l'équivalent d'une demie Corse quand même. De quoi aiguiser les envies et les convoitises, et à l'échelle de ce domaine hors du commun.

Tout au long des 47 épisodes (autour de 45 mn, avec des variations jusque 92 mn), on a son compte de fusillades, de meurtres, de vol de bétail, d'intrigues, de règlements de compte... avec quelquefois l'impression de répétition, soulignant les déficiences scénaristiques. Dommage.

La famille Dullon, celle du patriarche incarné par Kevin Costner n'en finit pas non plus de s'entredéchirer - quelquefois même au sens propre... L'hôpital est souvent visité, quoique situé assez loin si on a bien compris. Pas question ici de détailler l'ensemble bien sûr.

On est renseigné aussi avec intérêt le fonctionnement institutionnel de l'Etat, entre Gouverneur, Procureur général et Comté dominé par les éleveurs bovins.

On est aussi intrigué par le fonctionnement de la communauté amérindienne : nous sommes sur territoire Crows. Là aussi, l'histoire de ce peuple n'a pas été vraiment paisible après l'arrivée des européens, comme on s'imagine. 

Mais elle dispose des terres, des prérogatives reconnues par les lois américaines et sa propre gouvernance, que montre de manière détaillée la série. Comme un peu partout aux Etats Unis, les privilèges fiscaux accordés aux premiers habitants leur permettent un certain développement, notamment autour des énormes casinos situés dans les réserves indiennes qui sont de géantes machines à cash. Malheureusement, l'argent ne rachète pas une culture dévastée, avec leurs séquelles sociales et sanitaires. 

Au moins Yellowstone permet il aux spectateur européen de mieux comprendre ce qui se joue là. 

A ce titre, Yellowstone reste une série exceptionnelle malgré ses défauts. On attendra donc son dernier épisode.



Quelle bonne initiative d'Arte de nous proposer This is England, espèce de monument télévisuel de Channel 4, chaîne anglaise publique mais ne bénéficiant d'aucun argent public, et qui s'est distinguée pour des programmes exceptionnels. On citera notamment Black Mirror (quand même !), Humans ou Queer as Folk.

La série This is England est directement issue d'un film de 2006 dont le récit se passe en 1983. Pour les trois saisons de la série, on note le décalage temporel comme suit :

This is England 1986 est diffusé en 2010 (4 épisodes)
This is England 1988  est diffusé en 2011 (3 épisodes)
This is England 1990 est diffusé en 2015 (4 épisodes)

Cela a son importance, car les acteurs suivent la série, et notamment Shaun, le premier personnage, qui a 14 ans dans le film initial. On observe ensuite son parcours tout au long de la série, ce qui donne une vraie force d'attachement à ce personnage, mais aussi à toute la bande qui l'entoure. Parti-pris narratif fort astucieux.

Nous sommes dans le Nord de l'Angleterre. Autant dire dans le cul de fosse de l'économie anglaise, chaque personnage tentant de survivre selon ses propres valeurs, talents, contacts... et sans reconnaissance sociale, sans argent, sans vrai boulot, sans relations dans ce bout du monde dont personne ne peut sortir facilement, forcément.

Et pourtant, ces personnages tiennent debout, Shaun le premier, qui sait se mettre en position d'observateur d'une situation qui devrait le broyer ou le rendre parfaitement imbuvable.

Le tableau d'ensemble est à charge pour les politiques économiques et sociales conduites dans les années 1980 au Royaume Uni... et qui continuent. Vu de France, on ne peut pas vraiment comprendre comment il est possible qu'une minorité de nantis inflige de telles situations à une immense majorité via le parti conservateur.

This is England démontre au final que les hommes et les femmes sont les vraies richesses du pays, mais personne ne s'en rend compte : quel immense gâchis !

Comme série anglaise, la mise en scène et le jeu des acteurs est impeccable, malgré l'immense difficulté à jouer correctement hors de sa classe sociale, les accents étant si discriminants dans l'anglais d'Angleterre.


Au fait, qu'est ce qu'une série anglaise ? Bonne question, car la langue ne suffit pas, puisque tant de pays utilisent l'anglais pour tourner leurs séries, Etats Unis en tête évidemment.

La série The Durrells pourrait peut-être répondre à la question. 

Essayons. D'abord sans doute l'excellence des acteurs - l'Angleterre est le pays natal du théâtre occidental. On retrouve notamment dans The Durrels avec un grand plaisir Josh O'Connor - et pas seulement à cause de son rôle dans The Crown (celui de Charles jeune) et aussi Keeley Hawes, actrice que l'on voit très souvent dans toutes les productions anglaises.

Ensuite, les personnages et les situations sont toujours un peu décalées voire saugrenues : la famille Durrells, bien fauchée, s'est établie dans l'île de Corfou dans années 1930, qui n'est vraiment pas terre bénie pour les anglais, mais elle s'en sort malgré.

Enfin, ces séries exploitent beaucoup le fait tous les Anglais transportent avec eux leur culture nationale : culture hégémoniste, qui s'est greffée sur tant de territoires mondialement, mais qui ne s'est jamais imposée dans les mêmes termes que le colonialisme français, dont le but ultime est toujours l'assimilation des populations dominées, alors que la culture anglaise accepte facilement la coexistence des cultures. D'où un modèle de société interculturelle bien différent, et qui persiste encore de nos jours.

Il reste qu'Arte a eu aussi l'excellente idée aussi de proposer les quatre saisons de la série en même temps. On se régale donc de regarder comment les deux grandes cultures - anglaise et grecque - se frottent, souvent rugueusement, quelquefois de manière conflictuelle, mais toujours intéressante.

Mais, au final, les bruits de bottes de la fin des années 30 finiront par rattraper les Durrells, qui repartiront dans les brumes de leur île : quand la guerre est là, personne ne peut y échapper.


Une autre pépite de l'hiver offerte par Arte : Vår tid är nu (Notre heure est arrivée), retranscrit sous le titre The Restaurant, bien plus plat, et produit par la SVT, télévision publique de Suède, dont les produits sont synonymes de grande qualité.

Trois grandes saisons nous font suivre les hauts et les bas d'un grand restaurant fictif de Stockholm, tout au long de 28 épisodes. La série commence précisément à la fin de la deuxième guerre mondiale, en mai 1945 et se termine en 1968. Autant dire que beaucoup d'eau a coulé sur les nombreuses ponts de la capitale suédoise tout au long de cette fresque familiale, qui épouse bien sûr la petite et la grande histoire.

Une quatrième saison de 4 épisodes revient sur l'histoire du couple principal, en 1951 et conclut la série.

On peut, comme toujours, beaucoup apprécier le souci d'exactitude de ses concepteurs : exactitude des décors intérieurs et extérieurs et des costumes. Mais on peut y ajouter le souci d'exactitude des mentalités et de l'évolution sociale de la société suédoise, alors que s'y construit la social-démocratie, notamment par l'évolution des conditions de travail au Restaurant.

Les personnages et le récit sont également très bien soignés, et les acteurs, dont les principaux sont tous suédois, et on attend de les revoir dans des films ou dans des séries de même acabit.

Une mention particulière sur l'arrivée des Italiens en Suède au cours de la période, et sur leur place dans la société suédoise. Peut être pas forcément un détail, à l'heure où l'Europe se construit, du Sud au Nord.






Pour conclure, mentionnons ces cinq portraits de femme - personnage et actrice - pouvant susciter pas mal d'intérêt :

- Lessons in Chemistry (Apple Video), qui interroge sur le statut de la femme scientifique dans les années 50. Comme toutes les séries par Apple Video, la réalisation est parfaite et les décors bien léchés. L'actrice principale est la Californienne Brie Larson, qui multiplie les apparitions surtout au cinéma, notamment dans l'univers Marvel. Elle est aussi réalisatrice et chanteuse... beau personnage.

- Candy (Hulu/Disney) mini-série inspirée de faits réels, propose le portrait d'une femme au foyer insipide, mais... criminelle, et incarnée par Jessica Biel (épouse Timberlake) : le contre-rôle parfait. La performance d'acteur est à saluer évidemment. Jessica Biel est aussi réalisatrice et productrice. 

- The Dropout (Hulu/Disney) raconte l'étonnante histoire d'Elisabeth Holmes qui a pu lever 700 millions de dollars à 19 ans sur la promesse de pouvoir effectuer rapidement et économiquement des analyses sanguines à partir d'une seul goutte de sang... Rien ne marchait, et tout s'est effondré en 2018. L'actrice principale est Amanda Seyfried, actrice endurcie, qui cumule déjà 23 ans de carrière à 38 ans. Elle est aussi  mannequin et chanteuse.

- Fleabag (Amazon Video) série de deux saisons (12 épisodes) déjà un peu ancienne - elle a été diffusée entre 2016 et 2019 et qui avait eu un certain succès. La série a été produite à l'origine par la BBC, et notamment par la troisième chaîne, qui s'adresse traditionnellement aux adolescents et aux jeunes adultes, et ce n'est pas par hasard. Le principal personnage met en scène une jeune citadine qui rencontre les problèmes de sa génération : travail, famille, vie sentimentale et amicale, mais sur un rythme bien animé, laissant place aussi à des apartés hilarants créant rapidement une complicité avec le spectateur. 

Phoebe Waller-Bridge, la principale actrice, a écrite aussi la série, dont les prix l'ont consacrée comme une des meilleures actrices comiques britanniques.

- Life and Beth (Disney) est comme un pendant américain de Fleabag : on devine un sacré caractère derrière son principal personnage, interprété par Amy Schumer, qui est d'abord humoriste de stand-up aux Etats Unis (ce qui n'est pas rien, dans un pays où le public est impitoyable), puis actrice et scénariste. Une belle palette de talents : Life and Beth témoigne d'une belle vitalité, qui, au passage, montre aussi ce qu'est vraiment le métier d'acteur/actrice, exercice quasi-inédit dans les productions françaises actuelles.