Il a donc fallu aller chercher ailleurs pour tenter de garder un esprit à peu près équilibré dans un monde qui l’est de moins en moins. Car les séries, comme le cinéma, relèvent avant tout de la détente, de l’« entertainment ».
On s'est réfugié d'abord en Angleterre : la sélection traitée cette fois est essentiellement britannique — et c’est tant mieux.
Avec All Creatures Great and Small, on ne pouvait guère mieux faire dans le sens recherché : un peu de bienveillance, un peu de romance pasteurisée… voire un soupçon de mièvrerie assumée.
On a eu tout cela, mais sur un plateau d’argent, car ces acteurs — tous britanniques — s'amusent à être excellents dans leur genre.
La période choisie pour le récit est importante : les années 1930, marquées bien sûr par l’ombre des deux guerres mondiales, mais aussi par la quasi-absence d’appareils électriques et de moyens de communication modernes. Seul le téléphone trône au centre du cabinet vétérinaire rural, comme il va de soi.
Voilà qui facilite beaucoup la narration et allège le spectacle… sans même parler de la présence des animaux, au cabinet ou dans des fermes en pleine mutation. Car l’environnement économique et social n’est pas absent de la série : elle est enracinée dans une belle campagne du Yorkshire, mais certainement pas hors du temps.
La vie quotidienne du cabinet vétérinaire est finalement reposante. Du coup, on a avalé avec grand plaisir les cinq saisons disponibles — six épisodes d’environ 50 minutes chacune (plus l’épisode spécial de Noël, ajouté chaque saison, tradition britannique que l’on retrouve ailleurs). La série est proposée sur la plateforme M6+, très proche du public et de l’esprit de Channel 5, productrice de la série.

Encore une série policière, s’était-on dit… Quelle erreur ! Certes, les « Blue lights » sont de jeunes recrues dans la police du Royaume-Uni. Mais pas n’importe où : à Belfast.
Et cela change tout, car ils se trouvent immédiatement dans un chaudron toujours prêt à exploser, compte tenu de l'histoire chahutée de la ville. Cette ambiance très chargée donne à la série une humanité particulière : impossible de se dissimuler, de faire semblant ou de tricher — avec les collègues comme avec la population. Il faut payer cash avec sa personnalité, quitte à y laisser des plumes.
Une mention particulière pour l’actrice Siân Brooke, incarnant une assistante sociale reconvertie dans ce métier plus cadré, mais qui met à profit son expérience passée. Nouvelle recrue dans la police, mais pas novice dans la vie.
La série Blue Lights, est produite par BBC One, gage de qualité et d’intelligence : trois saisons de six grands épisodes d’une heure. J’apprécie ce format qui permet de fouiller la narration.
Bravo la BBC, encore et toujours.
Oui, je sais, Hornblower est déjà une antiquité en matière de série : un grand classique d’ITV diffusé de 1998 à 2003, adapté d’une série de douze romans de C. S. Forester publiés entre 1937 et 1957, peu connus en France mais célèbres au Royaume-Uni.
Hornblower est le nom d’un officier de la Royal Navy, incarné par Ioan Gruffudd, acteur gallois que l’on retrouve dans de grandes productions internationales.
Format inhabituel : huit épisodes chacun durant près de deux heures — autrement dit, de véritables longs métrages.
Horatio Hornblower — c’est l'identité complète du principal personnage — vit à une époque fascinante qui voit, en France, la monarchie absolue, la Révolution puis le Premier Empire. Les secousses de l’histoire française agitent évidemment toute l’Europe, et tout particulièrement sur les mers : le spectacle est saisissant.
La reconstitution de l’ère de la marine à voile est magnifique, juste avant que le progrès technique n’engloutisse ce monde à jamais.
Bref, il était temps de visionner enfin cette série : c'était une excellente idée.
Cette mini-série est particulièrement interessante pour ceux qui s'interessent à l'histoire du 20° siècle de l'Europe centrale, notamment pendant l'entre-guerres-mondiales. Ceux-ci sauront donc que Breslau s'appelle maintenant Wrocław, et c'est la troisième ville de la Pologne actuelle.
Mais avant la deuxième guerre mondiale, cette ville était allemande - même si elle était habitée par des Polonais de culture, de coeur et de langue.
Et le récit se passe en 1936, juste avant les jeux olympiques de Berlin.. Et les policiers - les héros de la série - étaient bien polonais, mais qu'ils rendaient compte à une administration allemande farcie par les théories nazies. De quoi développer de bonnes intrigues policières.
La reconstitution de la Pologne des années 30 est parfaite, les acteurs connaissent leur métier et retracent bien l'ambiance pesante et sombre de l'époque.
La production de la série est polonaise, pour le réseau Star, filiale de Disney+. Elle ne compte qu'une seule saison de huit épisodes et le récit n'appelle pas de deuxième saison... mais l'histoire de s'est pas arrêtée en 1936, comme on le sait tragiquement. Alors on ne sait jamais.
Quelques autres mentions particulières.
- Slow Horses — saison 4. Série d’espionnage britannique produite par Apple TV+, devenue quasi culte outre-Manche. Elle met en scène un service où l’on relègue les agents dont personne ne veut plus. La saison reste fidèle aux précédentes, peut-être encore plus ancrée dans l’actualité tragique du monde. Mention spéciale pour Kristin Scott Thomas, supérieure hiérarchique redoutable et hyper-compétente… mais incapable de se débarrasser de ce service encombrant. Tant mieux : on en redemande.
Curieusement, les Québecois l'ont intitulée Les Déshonorés... Alors qu'en français, on avait ce mot parfait : les Toquards, non ?
On ne l'attendait plus, la deuxième saison du Night Manager est arrivée... dix ans après (2016-2026) ! Nous sommes toujours dans l'espionnage british, et il n'est vrai pas facile de renouer les fils du récit dix ans après.
Mais on finit par y arriver et on aime cette suite, toujours construite autour de l'acteur principal, Tom Hiddleston, qui trouve peut-être un rôle à sa mesure car il s'est surtout illustré dans des grosses productions à base de super-héros et autres.
La série est produite par Amazon Prime video. On a trouvé sur ce réseau un peu poussif des réalisations de bien moins bonne qualité, et facilement...
Une autre série reposante, visible sur France TV : The Brokenwood Mysteries. Mais surtout c'est une série neo-zélandaise, c'est rare.
Construite autour de quelques personnages volontairement accessibles et bien caractérisés, elle donne à voir quelques aspects de la société néo-zélandaise au fil des enquêtes policières au final assez simples.Mais quelquefois, la simplicité est salutaire et robuste.
Et preuve que la formule fonctionne : la série compte quand même dix saisons de quatre, puis de six longs épisodes, tous baignés de musique country, à partager avec le principal personnage.






