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vendredi 24 juin 2022

Lieux singuliers (10) : les unités d'habitation du Corbusier

Briey

Marseille

Rezé

Les unités d'habitation de Le Corbusier matérialisent une idée globale du vivre ensemble. C'est un des rares cas où une vision d'ensemble résiste au temps, où l'utopie s'approche de la réalité sans devenir un enfer.

Il fallait donc visiter les cinq unités d'habitation existantes, comme un hommage à cet esprit plein d'intelligence, de pertinence et d'humanité.

On trouve dans les cinq réalisations la même ambiance : une  tentative presque réussie de faire vivre les êtres humains pacifiquement. Et comme le diable est dans les détails, tout a été  pesé et soupesé. Les unités d'habitation fourmillent d'astuces pratiques, chacune rendant la vie quotidienne de tous un peu plus légère.

Plus de détails sur ces pages

Berlin

Briey

Firminy

Marseille

Rezé

Rezé

dimanche 5 juin 2022

Les séries de la fin du printemps : Firefly, Continuum, L'Echappée

 Sélection inhabituelle pour cette fin de printemps : deux séries de science fiction déjà anciennes, mais qui valent le détour et une saga québécoise longue comme le Saint Laurent.


Firefly a été diffusée par le réseau Fox en 2002 pour une seule série de 14 épisodes de 45 minutes... Pourtant, vingt ans après, le monde des séries s'en souvient encore : signe que la série est représentative de quelque chose.

Firefly (La luciole) désigne le modèle du vaisseau spatial, Serenity, vedette de la série.

On y retrouve tous les ingrédients à la fois du Space Opera et du Western. Les amateurs se réjouiront des balades de planète en planète, des bidouillages sur les vaisseaux spatiaux et des stratagèmes pour échapper aux représentants de la loi du moment.

Pour autant, nous sommes très très loin de l'univers de Starwars. C'est que les passagers du Serenity ne sont pas des Chevaliers Jedi en puissance, ni des Princesses dont le trône a été usurpé : ce sont des êtres humains, tels qu'on les connait ici et aujourd'hui, avec beaucoup de qualités, mais aussi au moins autant de défauts.

Du coup, on se projette beaucoup mieux en l'année de 2517. Mais il est vrai que la saga Starwars se situe est dans une époque bien plus éloignée, si l'on en croit les vrais scientifiques qui ont essayé de la dater. 

En clair, Firefly est une série spatiale de proximité. et elle tente de répondre à cette question : que sera l'être humain du XXVI° siècle ? Il n'est pas sûr que les réponses soient toutes crédibles, mais au moins sont-elles accessibles et abordables.


Plus récente (2012-2015),  comptant 42 épisodes, répartis sur 4 saisons, Continuum est pourtant déjà ancienne dans cet univers des fictions télévisuelles, où une nouveauté recouvre toutes les autres à toute vitesse. Série canadienne anglophone - la narration et le tournage se passent à Vancouver - elle n'a jamais été diffusée en France, sauf en DVD.

Etonnant, car cette série addictive pouvait sans doute intéresser au moins les geeks du voyage dans le temps et ses paradoxes. 

C'est d'ailleurs son intérêt principal : un agent de police de l'année 2077 se retrouve projeté contre son gré dans l'année 2012. Et la cinquantaine d'années séparant les deux périodes concernées permet de se faire rencontrer les personnages avec eux-mêmes au début et à la fin de leur vie, d'où une infinité de situations plutôt étranges.

Un autre intérêt est de comparer les techniques et procédures entre les deux périodes, qui sont forcément très différentes, partant du principe que le progrès scientifique s'est considérablement accéléré en cinquante ans. 

Les spectateurs apprécieront, surtout pour ceux qui ont commencé leur vie professionnelle sans informatique et sans internet ! Mais comment faisions nous donc avant ?


Quand on aime, on ne compte pas : 6 saisons chacune de 24 épisodes de 43 minutes. Et une septième saisons est en commande. 

Nous sommes toujours au Canada, mais à notre époque et dans la belle Province : l'ensemble est tourné en français. Mais avec ce parler et ce vocabulaire particuliers hérités de notre histoire commune. 

Ainsi, à longueur d'épisode, on fréquente des Chums (copains) et des Blondes (petites amies), on paye avec des Piastres (argent), on fait des Niaiseries et on balance des Menteries. Et on chauffe le Char (on conduit la voiture). Ainsi de suite.

Après un petit temps, on finit par s'y habituer. Et cela nous décale : la langue française n'est vraiment pas qu'une affaire française. En revanche, on ne peut pas s'empêcher de sourire tout au long des saisons. Il faudrait savoir exactement pourquoi.

La série se passe à Ste Alice de Rimouski, sur la rive droite du St Laurent, et le fleuve est omniprésent dans les prises de vue. Si le Saint Laurent est bien réel, Sainte Alice de Rimouski n'existe pas. Mais peu importe. 

Nous sommes de toute façon quelque part entre la ville de Québec et Gaspé - 4 heures de route de chaque côté, donc loin de tout. Et tout demande du temps à cet endroit : notamment les décisions de la Province et la mise en place des moyens attribué au territoire.

C'est que les intrigues se nouent autour d'un foyer d'accueil public (L'Echappée) pour les mineurs, d'une auberge - centre de la vie sociale - et le bureau de la police provinciale. On ne voit pratiquement rien d'autre, sauf bien sûr les abords du fleuve et les intérieurs, et pour l'essentiel les cuisines.

Mais ce foyer d'accueil nous place au centre des dysfonctionnements de la société  - au Québec comme ailleurs. Tout y passe : violence intrafamiliale, addictions de toute nature, inceste etc. Mais ce foyer nous place aussi au cœur des solutions possibles, toujours insuffisantes évidemment, mais pas toujours inopérantes. 

A cet égard, la série montre une facette du travail social plutôt positive : c'est déjà quelque chose, car on connaît peu de fictions approchant ainsi de manière approfondie le secteur de la prévention et de la probation.

Mais la partie la plus intéressante est le traitement humain des récits proposés. On y retrouve cette proximité interhumaine que l'on constate au Québec, à commencer le tutoiement facile. Peut-être un héritage des premiers pionniers, qui devaient se serrer les coudes dans l'immensité naturelle souvent hostile.

Par ailleurs, le nombre de personnages - autant d'acteurs - est important : une bonne partie du gotha artistique québécois est convoqué. Et c'est tant mieux, car on voit que trop rarement ici les acteurs de là-bas.

Il n'est bien sûr pas possible d'entrer dans le détail des récits intriqués qui émaillent les 144 épisodes - quand même - et cela n'est pas souhaitable car les rebondissements sont nombreux et quelquefois bien acrobatiques. Passons. On attendra sans problème la septième saison.

samedi 16 avril 2022

Sur la Playlist du printemps : Airs de cour, par le Poème harmonique

 

C'est album-univers que cette production de 35 airs, qui remonte à 2015. Mais il n'aura jamais de rides tant il est inséré dans l'époque des Airs de cour.

Ce genre est très reconnaissable et sa période d'existence est relativement courte : fin XVI° siècle/début XVII° siècle. A ce titre, il appartient à la grande ère baroque, mais à son début, juste avant le grand siècle que fut le règne de Louis XIV.

Les Airs de cour sont de petites pièces vocales accompagnées de quelques musiciens, comme des petites scènes de genre musicales, décrivant une ambiance, une historiette, une anecdote... On y trouve aussi des influences italiennes ou espagnoles : la légèreté profane des mélodies se marient mieux avec les cultures du sud de l'Europe, même si les nombreux souverains allemands, de même que la cour anglaise utilisent aussi le genre.

En fait, les Airs de cour étaient la TSF des rois et reines, de leur famille et de leur entourage, à une époque, et pour longtemps encore, on ne pouvait écouter que de la musique live par la force des chosesEt les journées - et encore plus les soirées - pouvaient être si longues au temps où les divertissements étaient si rares - et, pourvu d'avoir une domesticité nombreuse, on avait du temps...

L'album réalisé par le Poème harmonique, formation fondée et animée par le luthiste et guitariste baroque Vincent Dumestre, est de toute beauté, à écouter encore et encore. 

Cette musique nous fait enjamber ces 400 ans, nous rapprochant miraculeusement de ces aïeux, pourtant si éloignés de nous. Une espèce de machine à remonter le temps, en somme.

L'ouvrage repose évidemment sur un énorme travail dans les archives musicales, car les principaux compositeurs sont très peu connus : Pierre GuédronÉtienne MouliniéGuillaume CosteleyAntoine BoëssetAdrian Le RoyCharles Tessier... parmi tant d'autres. 

Autre fondement : l'excellence des interprètes. Les amateurs pourront notamment repérer les belles voix de Marc Mauillon (Baryton), de Serge Goubioud (Ténor) et de Bruno Le Levreur (Contre-ténor)

L'ensemble de l'album se trouve gratuitement sur YouTube ici... Un vrai cadeau du label Alpha Classics.

Voici quelques morceaux au passage parmi les préférés.






samedi 2 avril 2022

Lieux singuliers (9) : le Palais de la Porte Dorée



 Le Palais de la Porte Dorée - c'est son nom officiel - est à la marge : marge de Paris, au bord du Bois de Vincennes et comme en marge de la République, comme on le verra. Comme s'il n'était pas si facile d'assumer sa construction et, ensuite, sa non-démolition.

Il a été construit entre 1928 et 1931 à l'occasion de l'exposition coloniale internationale qui s'est tenue du  6 mai au 15 novembre 1931. C'est tout ce qui reste d'ailleurs de cette exposition, qui fut la dernière du genre. Les premières en France s'étaient tenues à Lyon et à Rouen en 1894 et 1896 respectivement, soit presque 40 ans plus tôt. 

Le Palais de la Porte Dorée ouvrait l'exposition coloniale qui occupait une partie du bois de Vincennes avec de multiples "pavillons" mettant en valeur l'héritage colonial et le folklore des "colonies". On sait ce qu'il en fut  quelques décennies après.

L'exposition fut un grand succès populaire : 8 millions de visiteurs. Mais on mentionnera les quelques opposants courageux : le parti communiste d'abord - qui ne s'est pas trompé sur tout historiquement - et les surréalistes, Breton en tête. On ajoutera Eluard, Char et Léon Blum, alors que son parti y était favorable.

Et dans la même période, de l'autre côté de Paris, au jardin d'acclimatation du Bois de Boulogne, on organisait le dernier zoo humain - pardon, le "jardin ethnologique" - juste à côté du jardin zoologique. On n'a pas osé continuer plus longtemps cette ignominie - au moins en France.

Manifestement, en 1931, on était au début de la fin du bon temps des colonies.

Ironie du sort, parmi les grands sponsors de l'exposition coloniale, on trouve la Brasserie alsacienne Chez Jenny, qui fut une des cantines du Front National. Chez Jenny a disparu en 2020. Sic transit.

Quant au Palais de la Porte Dorée, la République a eu du mal à lui assigner une dénomination claire et fixe : il fut «musée des Colonies», puis «musée des colonies et de la France extérieure», puis «musée de la France d’outre-mer», puis «musée des Arts africains et océaniens», et enfin «musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie » avant de déménager ses collections au Musée du quai Branly en 2003.

Enfin, en 2007, il est devenu Musée de l'Histoire de l'immigration. On peut comprendre pourquoi. Mais ses collections ne seront visibles à nouveau en 2023 après une nouvelle organisation. Entre temps, le musée propose des expositions de grande qualité, dont la dernière porte sur Picasso, mais comme étranger. Beau travail. 

L'aquarium tropical du sous-sol, qui vaut une visite, existe depuis le début.

Il reste ce bijou architectural de l'Art déco qu'est le Palais de la Porte Dorée.

Juste en face, on trouve le Monument à la Mission Marchand, érigé quelques années après, dans le même style. Expédition avortée en 1898, elle cherchait les sources du Nil.

Vers les images

dimanche 27 mars 2022

Les séries de l'hiver (2) : Succession, El Cid, Dopesick, Smother, The Tourist, Ridley Road


 L'événement-série de cet hiver fut les trois saisons de Succession libellée HBO, souvent synonyme de qualité et de gros moyens. C'est manifestement le cas. Mais évidemment, on ne traite pas des hyper-riches avec trois bouchons de liège et deux bouts de ficelle.

Nous sommes promenés de bureau à bureau, mais aussi et surtout transportés (en jet privé) vers les prestigieuses propriétés un peu partout dans le monde appartenant au groupe de médias dont il s'agit.

Mais cela se corse quand on sait que ce groupe est semi-familial, entre le patriarche, ses trois enfants et son épouse, qui n'est pas leur mère. 

Chacune des individualités constituant ce noyau de personnages est particulièrement bien soigné du point de vue du scénario et du fil narratif. C'est du beau et du grand travail. Idem, la performance des acteurs concernés est magnifique.

Pour le reste, on retrouve au fil des épisodes la trahison, l'impossibilité de faire confiance, la permanente contradiction entre la logique des affaires et les affres de la famille. Mais nous sommes bien au delà de la simple cupidité. Intéressant.

On attend avec impatience la quatrième saison, annoncée cette année.


El Cid faisait partie de ces séries pas trop remarquées par le public, et faute d'actualité, elle avait été laissée de côté. On se méfie toujours un peu en matière de série historique : on trouve le meilleur et le pire, et souvent le pire.

Par ailleurs, l'acteur principal (Jaime Lorente López) était juste sorti de la Casa del Papel.

Au final, c'est une bonne surprise : pas anachronismes repérés, paysages et décors recherchés, comportements des personnages crédibles, fil historique à peu près respecté, bel espagnol en prime pour ceux qui préfèrent la VOSTF (Version originale avec sous-titres français, en langue de série).

Avec, en sus, une belle tranche de l'histoire de l'Espagne du X° siècle à explorer : antagonismes entre les royaumes et forte présence musulmane jusque dans le Nord de la péninsule. Le récit a lieu en Castille et Leon principalement.

 El Cid peut faire penser à Game of Thrones : guerres incessantes, jeux familiaux de pouvoir, tournage dans des extérieurs historiques bien valorisés.

Hélas, on ne trouve que deux saisons, chacune de 5 épisodes.


Dopesick, mini-série de huit épisodes produite par Hulu - filiale adulte de Disney - dénonce les stratégies de l'entreprise pharmaceutique produisant à grande échelle un antidouleur opiacé (L'oxycodone) en sous-estimant gravement ses effets addictifs pour évidemment en vendre autant que possible. Il s'agit donc d'une série à messagen voire militante.

La crise des opioïdes est encore récente dans l'histoire sanitaire des Etats Unis : ses effets sont encore largement ressentis, et ses enjeux restent énormes en terme de santé publique. 

Cette crise met en lumière un système sanitaire dominé par les hyper-profits financiers, rendus possibles par une éthique ultralibérale : chacun est responsable totalement et irrémédiablement de sa propre santé, ce qui rend illégitime et inutile toute politique de santé publique, par définition collective.

C'est ce même mécanisme qui explique cette obésité omniprésente aux Etats Unis : chacun est totalement responsable de son alimentation, même si on va la chercher au fast food tous les jours.

Dopesick montre que cette mentalité ultralibérale ne résiste pas dès que l'on trompe le public et les professionnels de la santé. Un bel exercice d'autoflagellation, comme les américains savent administrer à eux-mêmes.

On pense aussi aux combats énormes et retentissants contre l'industrie du tabac dans les années 1990, toujours aux Etats Unis.

Comme souvent sur Hulu, les moyens et les compétences sont là et la série présente une grande qualité, tant dans sa narration que dans ses acteurs. 

Le récit est situé en Virginie du Sud, pays minier, mais on y trouve les accents ouvriers des séries récentes situées non loin, en Pennsylvanie, comme Mare of Easttown et Rusted America dont il a été déjà question ici. 


Trois autres séries méritent une attention particulière.

- Smother, série irlandaise de deux saisons de 5 épisodes chacune, produite par la BBC et diffusée par la télévision irlandaise. Ce thriller familial est remarquable tant par la complexité des personnages que par la grande qualité des acteurs. Et nous sommes, totalement, dans la magnifique et sauvage campagne irlandaise.


- The Tourist, mini-série de 6 épisodes, notamment produite par l'Australie. Nous sommes toujours sur un thriller, mais il s'agit cette fois d'un road-trip au milieu des immensités d'Australie méridionale (South-Australia). On trouve aussi dans les producteurs de la série la BBC, HBO et la ZDF (la deuxième chaîne allemande, toujours exigeante). Aucune d'entre eux n'aurait mis de l'argent dans un navet : on peut faire confiance à ces trois parrains, surtout quand ils agissent ensemble.



- Enfin, Ridley Road,  mini-série de quatre épisodes produite par la première chaîne de la BBC, dont l'argument est saisissant. Il relate les activités du parti néo-nazi britannique dans les années 1960. On avait oublié à quel point le fascisme et le nazisme avaient suscité au Royaume Uni tant de mouvements politiques, souvent violents, et jusque maintenant. Petite piqure de rappel : Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde.

jeudi 3 mars 2022

Sur la Playlist de la fin de l'hiver : Les Messes brèves de Jean-Sébastien Bach

L'Eglise Saint Thomas de Leipzig. 
J.S. Bach est resté dans cette ville de 1728 jusqu'à sa mort en 1750.
 

Les Messes brèves ou Messes luthériennes font partie de ces oeuvres qui vous accompagnent toute votre vie, et on y revient régulièrement, tant la musique qu'elle propose à l'oreille et au cerveau est riche et complexe.

Il s'agit de quatre pièces d'environ une demi-heure - donc brèves - et elles se distinguent de la Messe en si, oeuvre majeure de Bach qu'il a retouchée presque toute sa vie, et qui, elle, dure deux heures. Tout de même.

Par ailleurs, les quatre Messes brèves correspondent au rite luthérien, religion de Bach et de sa famille, alors que la grande Messe en si correspond plutôt au rite catholique, même si Bach l'a écrite aussi pour le luthéranisme. Mais la relative austérité des offices protestants devaient sans doute pas trop s'en accommoder.

Dans tous les cas, ces messes sont en latin et correspondent aux différentes prières de la liturgie chrétienne, partagée entre grande partie entre protestants et catholiques. Ces textes ont perduré jusqu'en 1965, année de la décision d'utiliser les langues usuelles pour dire la messe, au moins chez les catholiques.

Comme on voit, Bach, quoique pieux, n'était pas fanatique en matière de religion, pourvu qu'il puisse produire ses oeuvres et qu'elles soient entendues, que ce soit par des protestants ou par des catholiques.

De fait, l'Allemagne du XVIII° siècle était une vrai mosaïque de petits royaumes, principautés, duchés, certains catholiques et d'autres protestants, selon la tradition des familles régnantes d'ici ou là. Il fallait bien trouver du travail pour les musiciens de l'époque.

Ces Messes brèves sont souvent dédaignées par les musicologues car elles sont une espèce de pot-pourri d'airs repris un peu partout dans l'immense corpus des Cantates, qui ont tant occupé Bach une grande partie de sa vie, car il en fallait une par dimanche, comme responsable musical des offices dans les églises où il était employé. A ce titre, il a composé au total 200 cantates sacrées - destinées à la liturgie et écrites en allemand.

Mais on pourrait tout aussi bien dire que ces Messes brèves sont un vrai Best-of des cantates. Ces messes sont donc en principe le meilleur du meilleur de la musique sacrée de Bach.

Et en les réentendant, on pense forcément à ces dernières paroles prononcées par Jean-Sébastien Bach sur son lit de mort selon la tradition : Ne pleurez pas pour moi : je vais là où la musique est née. Pas mal.

Voici une seule interprétation, celle qui est préférée. Il en existe quelques autres sur internet - mais beaucoup moins que des enregistrements de la grande Messe en si.

Les Messes brèves ont les numéros 233 à 236 dans le catalogue des oeuvres de Jean-Sébastien Bach établi dans les années 1950 et devenu quasi-officiel  (BWV = Bach-Werke-Verzeichnis).

BWV 233

BWV 234

BWV 235

BWV 236

vendredi 18 février 2022

Soft Power : Radio Caprice


Traduction de la ligne en russe tout en bas : 
TOUS LES STYLES, GENRES, DESTINATIONS, COMPILATIONS

Un filon musical d'importance a été découvert récemment, et il fallait en parler sur le Blog, comme pour remercier de ces heures déjà passées à écouter de la musique sans publicité, sans interruption, dans des centaines de genres musicaux si on le veut, et avec une très bonne qualité technique.

Il s'agit de la plate-forme musicale russe Radio Caprice, totalement gratuite, facilement accessible via ordinateur ou via smartphone.

Merci au pays de Monsieur Poutine. 

Mais on ne peut pas ne pas penser que l'initiative fait partie du Soft Power de la nouvelle Russie. C'est ce même pays qui poste en ce moment 150 000 soldats à sa frontière ouest, alors qu'elle a déjà mangé une bonne partie de l'Ukraine. Le même pays aussi qui envoie des mercenaires au Sahel protéger la junte malienne et occuper la place que l'armée française va devoir laisser très bientôt. Le même encore qui déchaîne des armées de hackers et de trolls pour mettre à mal tous les systèmes informatiques qui se trouvent à son ouest.

Evidemment, Radio Caprice est une bien maigre contrepartie bienveillante. Chacun jugera selon son opinion de l'utiliser ou non. Mais elle existe.

A défaut, on peut toujours utiliser la plate-forme indépendante suisse 1.FM, mais qui propose hélas un peu de réclame : nous sommes là du bon côté du capitalisme.

Quelques extraits du catalogue somptueux des flux audio proposés sur Radio Caprice. Discothécaire, c'est un métier !

PS : Le soft power, ou « puissance douce », représente les critères non coercitifs de la puissance, généralement d'un État, et en particulier parmi ces critères l'influence culturelle (Définition proposée par Géoconfluences, site officiel de l'Ecole normale supérieure de Lyon)







mercredi 9 février 2022

Lieux singuliers (8) : Les Jardins de la Fontaine


Il fallait consacrer une publication à cet endroit exceptionnel et quasi-archétypal : les Jardins de la Fontaine à Nîmes.

Venu du fin fond de l'histoire, les Romains avaient déjà bien repéré l'endroit, en y implantant un grand Temple à Diane, dont une grande partie est restée debout. De même, et de la même époque, la Tour Magne surplombe l'ensemble, vestige de l'enceinte qui protégeait Nemausus et ses 20 000 habitants, faisant d'elle une des plus grandes villes de la Gaule narbonnaise.

Mais le superbe habillement des eaux est dû aux ingénieurs de Louis XV. Ce XVIII° siècle était capable de prouesses autant esthétiques que pratiques : il s'agissait d'abord de réguler la source. Ce fut cet enchantement de solide et de liquide, de facture très classique, auprès duquel il fait encore bon de se promener en captant l'humidité au passage, surtout en pleine chaleur du sud.

Au fil du temps, on s'arrêtera le 3 octobre 1988, quand les eaux de partout dévalèrent de partout, noyant la ville sur des trombes d'eau. L'enchantement était devenu furie.

Mais on y retournera, dans les Jardins de la Fontaine, comme beaucoup d'autres et encore pour de nombreux siècles.

L'album est ici



mercredi 19 janvier 2022

Les séries de l'hiver (1) : American Rust, Mytho, Shtisel, Le serviteur du peuple

Cette première sélection de l'hiver est plutôt éclectique, puisqu'elle ne traite que d'une seule série US, à côté d'une série française, israélienne et ukrainienne, et qu'elles sont toutes différentes dans leur genre.

A propos d'American Rust, on ne peut pas penser à Mare of Easttown, citée au printemps 2021 : même ambiance, même type de narration, même genre (thriller), et même secteur géographique : la Pennsylvanie ouvrière, dont fait partie la ceinture de rouille, Belt Rust. La Belt Rust désigne cette énorme région industrielle autour des Grands Lacs, au nord-ouest des Etats Unis. On lui doit son énorme richesse, hélas passée. En effet, nous sommes très éloignés des Etats du soleil qui maintenant attirent tant de capitaux, laissant ailleurs le chômage, le déclin social et économique, les maux de la vie quotidienne.

On n'entrera pas dans les intrigues de la mini-série, à base de drogue cheap, de corruption miteuse et de vraie désespérance. Ce sont bien les personnages, tous tragiques, essayant de survivre dans un environnement si corrosif, qui fascinent. Et du coup, aussi, les magnifiques acteurs qui les incarnent.

C'est peut-être dans cette comédie humaine affligeante, totalement oubliée de la modernité, que l'on trouve peut-être une des clefs essentielles du trumpisme triomphant, qui prépare en ce moment ces futures victoires, réelles comme virtuelles.

C'est là aussi que l'on voit là le plus clairement l'empreinte cynique d'un capitalisme dévastateur, n'ayant laissé qu'un peu de rouille aux populations restées sur place par la force des choses.

American Rust se découpe en neuf épisodes et une deuxième saison n'est pas attendue.  La série est issue d'un roman signé Philipp Meyer, l’un des plus grands auteurs américains contemporains. Ceci peut sans aucun doute expliquer sa grande qualité et sa pertinence dans les Etats Unis d'aujourd'hui.

Mytho est une série produite par Arte pour deux saisons pour l'instant et ce fut un succès tant auprès du public qu'auprès des critiques. Il est largement mérité. 

La performance de l'actrice  Marina Hands et de l'auteur de la série est remarquable : en effet, il n'est pas facile d'intéresser à la vie de tout le monde en banlieue pavillonnaire, entre vie scolaire, vie conjugale et supermarché. 

Le personnage d'Elvira est la clef de voûte de la série : à la fois mère de famille un peu décalée, assaillie par le quotidien, épouse dépréciée et agent d'assurance pourtant plutôt douée mais exploitée. Dans les trois cas, rien ne va plus et tout craque. Les deux saisons détaillent le méga-pétage de plomb.

Marina Hands est sociétaire de la Comédie française : en l'occurrence, cela signifie quelque chose pour la série. Bravo.


Il n'est pas possible de trouver série plus israélienne que Shtisel, côté comédie. Car côté dramatique, on trouve Unorthodox, série dont il a été question en septembre dernier, et dont une actrice, personnage féminin principal dans les deux cas, est partagée entre les deux séries (Shira Haas)

L'ensemble des 33 épisodes, répartis sur trois saisons, tourne autour d'une famille juive ultra-orthodoxe de Jérusalem. 

L'objectif de la série semble être avant tout de rendre sympathique cette population tout à fait spécifique, que l'on trouve d'abord à Jerusalem, mais aussi à New York et dans quelques autres grandes villes européennes. On la reconnaît immédiatement : hommes en habits noirs, avec papillotes - à partir de l'âge de trois ans, tête toujours couverte, et femmes aux talons plats et aux cheveux cachés en totalité, soit par un bonnet ample, soit par une perruque. 

Mais ces caractéristiques ne sont qu'une infime partie visible des interdits et prescriptions religieuses qui règlent la vie entière de ces familles, et jusque dans les moindres détails.

Il est d'ailleurs étonnant que la série ne présente pas plus clairement l'ensemble des interdits en présence. Sans doute à dessein, car il est si rare dans les sociétés occidentales d'avoir affaire à une population aussi soumise en permanence à des rites millénaires que le spectateur moderne peu croyant pourrait évidemment en serait fortement incommodé.

S'agissant d'une comédie, les traits les plus risibles sont accentués : mariages arrangés - d'où des quiproquos, conflits entre générations, conflits entre vie moderne et observance religieuse... 

On sourit aussi facilement quand les personnages - pourtant pieux par définition - mentent effrontément en cherchant en permanence une bonne raison de le faire, évidemment compatible avec les prescriptions religieuses.

La "bulle" ultra-orthodoxe reconstituée par la série protège la narration des problèmes importants d'Israël, notamment l'occupation des territoires palestiniens et la coexistence problématique avec les autres communautés non juives.

On notera quand même au passage le traditionnel et paradoxal anti-sionisme viscéral des ultra-orthodoxes, de même que leur antipathie toute aussi foncière vis à vis des séfarades bien trop libéraux de mœurs - juifs originaires de la méditerranée, par opposition aux ashkénazes, originaires de l'Europe centrale. A chaque communauté ses détracteurs.

Les acteurs - tous excellents - sont israéliens, mais non ultra-orthodoxes évidemment. On retrouvera notamment Michael Aloni dans le personnage principal, un des acteurs les plus connus en Israël, dont le jeu est parfait, entre respect de la tradition et ouverture à la modernité, ce qui correspond d'ailleurs à sa filmographie extrêmement diversifiée.

Shtisel est une série singulière et intéressante, mais à la condition de ne pas oublier que les extrêmes de toute religion confinent vite à la violence, contre les individus et contre les communautés. 

Dans la vraie vie, on essayera par exemple de ne pas traverser en voiture les quartiers orthodoxes un jour du shabbat, sauf à retrouver une pierre sur son pare-brise.


Serviteur du peuple, série diffusée par une des principales chaînes ukrainiennes, est proposée en ce moment par Arte et elle présente une singularité exceptionnelle. 

Non pas pour sa forme, qui est plutôt traditionnelle, et même un peu répétitive au bout des 23 épisodes de la première saison, les autres saisons n'étant pas encore disponibles en France.

C'est que Volodymyr Zelensky, ci-devant acteur et humoriste, principal acteur de la série, est bien devenu entre temps le vrai Président de l'Ukraine en date du 20 mai 2019. Quelle affaire !

Encore mieux : le parti politique qui l'a propulsé à la tête de l'Ukraine a pris le même nom que la série : Слуга народу (Serviteur du peuple).

La première saison de la série raconte l'accession d'un modeste professeur d'histoire à la tête du pays, à la faveur de la corruption et de la médiocrité du personnel politique en place.

Dans la vraie vie,  Volodymyr Zelensky l’a emporté de manière inattendue face au chef de l'État sortant, Petro Porochenko, avec 73,2 % des voix au second tour. élu sur un programme anti-corruption, pro-européen, atlantiste et populiste, tout comme son alter ego fictionnel.

Qu'en penser, alors que la réalité est préfigurée par la fiction ? 

Faut-il considérer que la série, genre désormais et apparemment noble, est capable de prévoir l'avenir avec tant de justesse ? Ou faut-il considérer que la vie politique en Europe soit si avilie qu'un scénario de série puisse lui tenir lieu de programme politique dans la vraie vie ?

Dans les deux cas, l'affaire est un peu effrayante. D'autant qu'une partie du pays est déjà sous domination russe et que la menace armée est parfaitement crédible aux frontières. On ajoutera que la série a été interrompue en Russie après le troisième épisode, ce qui n'est pas anodin bien sûr.

Attention aussi à ceux qui s'intéressent à la politique de l'Europe de l'Est : une fois la série regardée, on est toujours un peu perplexe de voir l'humoriste ukrainien jouer le rôle de Président. J'espère que ses interlocuteurs internationaux, avant de lui parler, peuvent se défaire rapidement de cette représentation un peu risible, car la situation du pays ne l'est pas du tout.