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lundi 5 octobre 2026

Les séries du printemps et de l'été de 2026

 Il devient presque qu'impossible de se fier à l'étiquette USA pour les nouvelles (bonnes) séries : comme on l'a déjà remarqué, nous sommes souvent dans de sordides histoires de drogue, de sexualité pasteurisée ou d'extrême violence... Sans aucun doute un signe des temps, mais qui doit sans doute inquiéter.

Heureusement, ce semestre rattrape largement la qualité des séries repérées ailleurs, avec une nouvelle fois le Royaume-Uni en tête. Il faudra bien, un jour, tenter d’expliquer pourquoi les séries britanniques sont si souvent d’une telle qualité. Sans doute faut-il chercher du côté de l’appétence des Britanniques pour le théâtre, ancrée dans une tradition séculaire. Peut-être aussi du côté de la qualité des acteurs… mais les deux sont évidemment liés.

Le Royaume-Uni nous sauve donc cette fois encore, d’abord avec The Capture, produite par la BBC One. 

On rêve évidemment d’avoir, en France, un service public capable de produire de telles merveilles de téalité-fiction.

The Capture nous plonge dans notre monde hypernumérique, aussi effrayant que déjà bien réel. Son sujet : pousser à leur maximum les possibilités de manipulation de l'image et du son, jusqu'à pouvoir truquer en direct des discours publics et intervenir dans les médias, quels qu'ils soient.

 L’idée fait d’autant plus froid dans le dos qu’elle ne relève plus vraiment de la science-fiction. On peut aisément imaginer un monde de communication saturé de fake news, ce vieux problème de la manipulation de la vérité que Platon dénonçait déjà, à sa manière, avec l’allégorie de la caverne — mais auquel les technologies contemporaines donnent des moyens d’une sophistication inédite.

La série compte trois saisons de six épisodes d’environ une heure : un format que l’on apprécie particulièrement, parce qu’il laisse le temps de développer un récit complexe et détaillé. Et il en faut du temps pour suivre des intrigues à la fois techniques, politiques et particulièrement retorses.

La série était d’ailleurs en avance sur son temps. La première saison date déjà de 2019, la deuxième de 2022, tandis que la troisième est arrivée en juin 2026. Celle-ci, pour le coup, tombe presque à point nommé, à l’heure où les deepfakes sont devenus omniprésents et où les possibilités de manipulation à grande échelle de l’information et de l’opinion ne relèvent plus de la seule imagination.

Cette troisième saison ajoute aussi la question de la guerre assistée par intelligence artificielle. Que de pertinence dans cette série !

Impossible, par moments, de ne pas penser à Black Mirror, indépassable dans son genre. Les amateurs de dystopies proches — suffisamment proches pour être inquiétantes parce qu’elles pourraient presque déjà être notre présent — devraient donc y trouver largement leur compte.

Il faut aussi penser à une série comme The undeclared War, dont la deuxième saison vient de sortir et dont on avait rendu compte en 2022.

The Undeclared War et The Capture ont d'ailleurs un point commun assez remarquable : elles ne se contentent pas de raconter des histoires d'espionnage ou de cyberattaques. Elles interrogent directement notre rapport à l'information, à la vérité et désormais à l'intelligence artificielle.



On avait gardé sous le coude Adolescence, encore britannique : on savait que la mini-série de 2025 serait particulièrement percutante dans l'excellence et le propos. Et on n'a pas été déçu par ce voyage dans la psyché de la première adolescence - le principal personnage a 13 ans.

Quatre épisodes de 50 à 60 minutes dissèquent une affaire de meurtre au fond, chaque fois sous un angle différent : famille, travailleurs sociaux, police, puis la justice.

A regarder dès que possible, pour autant que l'on soit disponible intellectuellement pour se prendre ce choc de front et cette question, lancinante : comment éduquer au XXI° siècle ?

A rapprocher de cette série israelienne Bad Boy, toujours sur Netflix. Même volonté de pénétrer dans la psychologie d'adolescents confrontés à un environnement violent, même intelligence dans le traitement des personnages. La performance des acteurs et de toute l'équipe doit être saluée dans les deux cas.


Et nous continuons de ce côté de la Manche avec Happy Valley, produite par la BBC et proposée par Arte. 

La série présente un portrait social de l'Angleterre contemporaine : pas reluisant sans doute, mais certainement crédible. Elle s'organise autour de Catherine Cawood, sergent de police dans le Yorkshire, personnage à la fois profondément humain, fragile et extraordinairement solide, qui semble devoir porter sur ses épaules les dysfonctionnements de toute une société — ainsi que ses propres blessures. Un grand personnage de rédempteur !

Tout est excellent : l'ancrage territorial, la crédibilité des scénarios et des enquêtes, le jeu des acteurs, la complexité des personnages… Tout cela est si éloigné des thrillers souvent gnangnan et cheap de la télévision française ! 
Une mention particulière pour Sarah Lancashire qui tient toute la série sur ses épaules particulèrement solides.


Belle surprise que Proud : non pas à cause de sa production - HBO reste abonné à la grande qualité - mais parce qu'il s'agit d'une série polonaise. 

Le sujet aurait pu être délicat en Pologne. Mais la pertinence du scénario et de sa réalisation permettent de passer et de traiter au passage une question essentielle : qui est légitime pour éduquer les enfants ?

Une belle dissertation, très colorée, vive et intelligente, portée de très bons acteurs.



On ajoutera quelques mentions particulières notamment américaines pour la période (il  y a des exceptions, heureusement)

A Small Light, d'abord, consacrée à Miep Gies et à la famille d'Anne Frank. On craignait le pire, tant l'histoire est évidemment connue. Or la mini-série réussit à trouver un angle original en s'intéressant à ceux qui, à l'extérieur de l'Annexe, ont permis aux clandestins de survivre. La réalisation est subtile et sobre, donc d'autant plus efficace.



- Dutton Ranch : un spin-off de Yellowstone construit autour de Beth et son mari Rip. On regrettera beaucoup les formidables paysages du Montana, puisque la série nous transporte au fin fond du poussiéreux et torride Texas. 

Mais on y retrouve les ressorts narratifs de Yellowstone et les moyens considérables octroyés par Paramount. Et surtout le duo Beth-Rip, qui reste particulièrement efficace, dans leur nouvelle vie tout autant chahutée.


- Landman : toujours proposé par Paramount, et toujours au Texas, mais autour de l'industrie pétrolière.

Grosse boufferie trumpienne ? 

Pas du tout : on y apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement juridique, financier et technique de l'extraction de l'or noir. Ah oui : le Texas est aussi le  premier producteur d'énergie éolienne aux États-Unis, loin devant tous les autres Etats. De quoi réfléchir.


Ensuite une pépite australienne : Colin from account, produite par CBS. Une affaire adorable de couple et de chien.

Enfin, on notera pour mémoire l'arrivée de nouvelles saisons pour des séries apréciées :
  • Cent ans de solitude (Netflix, 2° saison)
  • Slow Horses (Apple TV, 5° saison)
  • Blue Lights (BBC, 4° saison)
  • Fauda (NF, 5° saison)
  • Babylon Berlin (ARD/Netflix, 5° saison)
  • Vigil (BBC, 3° saison)
  • Marshals - une affaire de Yellowstone (Paramount, 2° saison)
Bonne saison automnale !