Blog perso pour se faire plaisir et communiquer avec les amis qui sont loin, et tous les autres : visites, impressions, découvertes...
Les humeurs quotidiennes ont été reléguées sur Facebook. J'ai dû désactiver les commentaires à cause des spams, désolé.


vendredi 10 septembre 2021

Lieux singuliers (5) : le Pont transbordeur de Rochefort-Echillais

Inauguré quasi en même temps que le vingtième siècle - 29 juillet 1900 - le pont transporteur qui relie Rochefort et Echillais au dessus de la Charente est un rescapé car il n'en reste que 8 dans le monde, ils ne sont pas tous en bon état : trois en Grande-Bretagne, deux en Allemagne, un en Espagne et un en Argentine.

Celui-ci est magnifiquement restauré et parfaitement opérationnel grâce à la Communauté d'agglomération Rochefort Océan ainsi qu'à tous ses partenaires qui se sont penchés sur l'avenir de ce monument historique, témoin d'une époque totalement révolue.

Ainsi vont les progrès techniques : certains sont promis à un grand avenir alors que d'autres, bien nombreux, finissent au mieux dans les catalogues des monuments historiques, au pire totalement engloutis dans les oubliettes.  

Au final, il n'y a eu qu'une vingtaine de réalisations de ce type de pont dans le monde. 

Ici, l'embouchure de la Charente qu'il enjambe est idyllique : jamais canalisée, jamais bétonnée, jamais harnachée - comme on dit au Québec, c'est à dire jamais aménagée. 

Le Pont transporteur respecte ainsi parfaitement le cours d'eau et ses abords, comme sorti d'un univers parallèle utopique dans lequel les actions des êtres humains pèsent si peu sur l'environnement...

Traversant ainsi lentement la Charente, on peut rêver.

Les images sont ici


mardi 24 août 2021

Les séries de l'été : The Mosquito Coast, La Gifle et quelques autres...

The Mosquito Coast est une belle série américaine produite par Apple TV+, qui a mis les moyens pour tenter de continuer de prendre pied dans le monde des fictions. D'autres séries intéressantes a priori sont annoncées pour asseoir la plate-forme, qui reste la moins chère, signe d'un catalogue encore un peu rachitique.

Format étrange pour cette série dont on attend pas forcément une deuxième saison : 7 épisodes de 42 à 57 minutes, sans que cette disparité ne s'explique. Néanmoins une suite est programmée, signe du succès de la première.

Nous suivons la poursuite d'une famille américaine selon le roman de Paul Theroux, romancier américain bien connu, publié en 1981.

Tout tourne autour du personnage du père, Allie Fox, personnalité au moins ambiguë : inventeur raté, en rupture de tout sans que le spectateur sache exactement pourquoi : escroquerie(s), surendettement, délits multiples ? Comme les deux enfants du couple, on n'en sait rien car toute tentative d'explication est toujours ajournée.

Les sept épisodes relatent la dernière fuite de la famille, particulièrement mouvementée et très dangereuse : elle l'amène à rejoindre le Mexique, sans aucun titre officiel, dans une espèce d'émigration à rebours à une époque où les frontières sont devenues si difficiles à franchir.

Les quelques explications glanées au fil des épisodes pourraient croire à une fuite quasi-philosophique : tenter d'échapper au filet électronique qui identifie en permanence l'individu dans une société moderne. Mais les autres indices déposés ici et là dans la narration portent le spectateur - tout comme les deux enfants - à une cavale bien moins honorable.

De même, que penser de la mère, bien née sous le signe de l'argent, mais qui se fait complice au final de ce sacré Allie, dont on se demande plusieurs fois s'il n'est pas complètement cinglé... On peut regarder The Mosquito Coast, au moins pour avoir affaire à une famille américaine très éloignée des standards US qui peuplent tant de séries américaines.


Autre affaire de famille dans La Gifle/The Slap, mini-série australienne disponible sur le site d'Arte, souvent signe de qualité et d'intérêt.

Narration simple et bien charpentée : chacun des huit épisodes de 51 minutes est dédié à un des principaux personnages, endossant son point de vue et sa place dans le récit, tout en déroulant implacablement un fil chronologique, épisode par épisode, du fait générateur jusqu'au procès final. 

Le spectateur se régale de cette ligne claire, permettant de se concentrer sur le contenu de l'affaire : une gifle, donnée par un des invités lors d'un barbecue familial, à un des enfants présents, évidemment insupportable.

Le dépôt de plainte des parents concernés déclenche toute la suite : aigreurs, récriminations, reproches, griefs, action en justice, chacun prenant son parti en surinvestissant l'affaire selon son passé, l'éducation reçue ou donnée, sa culture familiale, ses affinités etc.

La famille concernée - tout comme l'auteur du roman support - est issue de la communauté grecque, relativement bien représentée en Australie, et notamment dans l'Etat de Victoria, où 3% de la population est d'origine grecque. La série se passe à Melbourne, capitale de l'Etat concerné. 

On peut donc apercevoir par superposition les différentes cultures latines/anglo-saxonnes/autres en présence.

Au delà, ces huit portraits - tout particulièrement celui d'Hector, pivot de l'histoire - sont magnifiquement brossés, encadrés et valorisés par une équipe de réalisation hors pair qu'il faudra sans doute surveiller via les prochaines productions australiennes.

Pour compléter l'été, quelques autres séries peuvent être mentionnées, même si elles n'égalent pas les deux premières.

- A l'intérieur : production franco-française du service public, qui manque sans doute un peu de sous. Hélas, on a l'impression d'avoir déjà vu mille fois une enquête policière en cadre confiné, comme ici une clinique psychiatrique. On a regardé quand même, et, au final, pour une seule chose : Béatrice Dalle en commissaire de police. C'est assez crédible et assez réussi. Bravo.


- Boss, série US déjà ancienne (2011-2012). C'est presque un classique, mais elle est inédite en France. le Boss en question est le Maire de Chicago - poste important s'il en est - qui apprend qu'il est atteint d'une maladie neurodégénérative peu connue mais terrible : la démence à corps de Lewy, dont on apprend beaucoup de choses au fil des 18 épisodes répartis sur deux saisons. 

On apprend aussi beaucoup de choses véridiques et très précises sur le jeu institutionnel entre une grosse collectivité américaine et l'Etat fédéré - en l'occurrence l'Illinois, donc entre un Maire et un Gouverneur. Ce jeu difficile, du coup, aide à comprendre pourquoi il a été si difficile de gérer l'épidémie aux USA.

Par ailleurs, sur le caractère de l'homme du pouvoir en question, on retrouve beaucoup d'éléments communs avec House of Cards, qui date de 2013.

Bref, Boss est le type même de série qu'on pourrait retrouver un jour sur Arte compte tenu de son intérêt politique, culturel et social.


- The White Lotus : c'est la série du moment, donc on se méfiait. Mais le label HBO a permis de forcer son envie. On ne regrette pas trop, car les personnages mis en scène sont intéressants et contrastés dans ce remake de Masters And Servants dans un palace hawaïen. Evidemment, le paradis promis n'existe pas, même à Hawaï, et surtout pas pour les employés du White Lotus, ni même pour ses riches clients.

Hélas, le récit est un peu faiblard et la fin précipitée est totalement bâclée : pourquoi avoir donc limité la série à 6 épisodes ? On annonce une deuxième saison, en espérant qu'elle surmonte les défauts soulignés.


- Enfin, on a repris fin juin avec bonheur la formidable série The Good Fight dans une 5° saison, en collant l'actualité US - comme dans les saisons précédentes - et notamment l'après-Trump et les conséquences de l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021... Félicitations à la production et aux scénaristes !

samedi 31 juillet 2021

Sur la Playlist de juillet : les frères Sammartini, inconnus du bataillon

On sait que la période baroque est assez longue, du moins telle que les historiens de la musique la caractérise : du début du XVII° jusqu'au milieu du siècle suivant, soit environ 150 ans.

Pendant cette période, on en finit pas d'énumérer tous les compositeurs qui ont laissé une trace de leur musique, sur papier et sur disque. Sans doute plusieurs centaines, d'autant que le baroque s'est répandu dans tous les pays d'Europe et en Amérique latine, comme on l'a vu récemment. 

Par ailleurs, le besoin de musique était immense pour la petite et grande aristocratie, avide de distinction et de distractions, mais aussi avide de ses deniers car on connait peu de compositeurs baroques ayant fait fortune.

Il est sans doute donc pas trop étonnant que l'on tombe sur des compositeurs jamais encore entendus, jamais encore rencontrés, malgré toutes ces dizaines d'années passées à écouter la musique de l'époque.

Avec honte, il faut aujourd'hui consacrer ce message à Guiseppe et Giovanni Sammartini, inconnus au bataillon jusqu'ici.

Guiseppe est l'aîné, né en 1695, et Giovanni est né 5 ans après. Guiseppe a fait sa carrière pour l'essentiel à Londres, où il est mort en 1750, alors que Giovanni est resté toute sa vie à Milan jusqu'à sa mort, à 75 ans... Il reste à savoir si les deux frères ont pu se rencontrer ou correspondre facilement pendant leurs carrières respectives, qui furent très denses des deux côtés.

Le père - Alexis de Saint Martin - était français et hautboïste, établi et italianisé à Milan. Les frontières n'existaient vraiment pas pour ces artistes, dont la mobilité était essentielle pour la plupart d'entre eux. Il fallait bien vivre.

On trouve dans chacune de leur biographie de nombreuses rencontres et coopérations avec les sommités musicales de l'époque, symptômes de leur grande renommée et de la reconnaissance de leur talent : Haendel, Porpora, Bononcini, Farinelli pour Guiseppe, et Glück, Jean-Chrétien Bach, Boccherini pour Giovanni.  L'article de l'Encyclopedia Universalis sur Giovanni indique qu'il a même traité le jeune Haydn de barbouilleur. Toujours aimables, les artistes entre eux.

Il est encore difficile de différencier les oeuvres de l'un et de l'autre : une petite recherche montre vite que certaines sont attribuées soit à l'un, soit à l'autre, de manière indifférenciée. 

Giovanni fut plus prolifique, surtout dans le genre de la Symphonie : on en atteste environ 70 ! Guiseppe quant à lui a composé essentiellement de la musique de chambre : sonates et concertos., toujours en quantité.

Des deux côtés, il reste une musique bien construite, très harmonique et très fluide - et on y entend souvent les tonalités de Haendel et de Haydn selon que l'on entend Guiseppe ou Giovanni. 

De quoi écouter pour le reste de l'été - au moins.




samedi 17 juillet 2021

Lieux singuliers (4) : Semide, la plate-forme d'artillerie allemande

A la limite sud du département des Ardennes, après quelques kilomètres dans la plaine agricole à partir du village de Semide, on arrive sur le lieu - Right in the middle of nowhere (au milieu de nulle part)

Toutefois, nous sommes bien sur un monument historique, classé en 1922. Cette plate forme bétonnée a été construite en 1916 par l'armée allemande pour accueillir un énorme canon. 

Il ne s'agit pas de la grosse Bertha, mais d'un canon de 380 mm dont le doux nom était SKL/45.

Etonnant, non ?

Encore plus étonnant, le canon transporté sur place n'a tiré que 24 ou 25 projectiles et tout a été désaffecté après quelques jours. 

Personne ne semble savoir pourquoi, mais on peut hasarder une hypothèse simple : le canon avait une portée d'environ 39 kilomètres ; la seule ville notable qu'il pouvait atteindre était Sainte Menehould, mais sans doute avec quelques difficultés car Sainte Menehould se trouve tout au bout de sa portée.

Bref, le super-canon ne servait à rien. Sans doute les experts - allemands malgré tout - avaient-ils surestimé la capacité de destruction de l'arme.

Il reste ce stigmate de la folie humaine. Sic transit.

Les images sont ici

lundi 12 juillet 2021

Les séries de mai et juin : Domina, Messiah, Mare of Easttown, Ramy

 Une belle moisson de séries pour mai et juin.

Cela faisait longtemps qu'on attendait une nouvelle série sur l'Empire romain. La voici sur Sky : Domina propose huit épisodes, tous tournés dans les prestigieux studios de Cinecittà, à Rome évidemment.

Comme son nom l'indique, Domina endosse le point de vue des femmes romaines. Mais attention : pas de n'importe quelles Romaines ! 

On y parle des grandes épouses des hiérarques qui se succèdent après la mort de l'assassinat de Jules César, période troublée, juste entre la République et l'Empire, où l'on pouvait passer en très peu de temps du panthéon aux oubliettes de provinces lointaines, de préférence humides et glaciales.

Comme toujours dans les séries historiques, on traque malgré soi les anachronismes ou les erreurs historiques, et on les repère assez bien. Mais ils n'empêchent pas heureusement de se prendre au jeu des nombreuses intrigues. C'est donc qu'ils ne sont pas si importants.

Il n'a pas été choisi de tourner en latin, mais en anglais. Passons, mais on se souviendra que la série allemande Barbarians/Barbares (2020) faisait parler ses personnages totalement en latin, et c'était plutôt réussi.

On mentionnera au passage Isabella Rossellini en matrone aristocrate. 

Domina se regarde bien, même si les zigzags des intrigues et de l'arbre généalogique des Julio-Claudiens peuvent faire plisser le front. 

Enfin, Livia Drusilla, la principale héroïne, s'inspire d'un personnage féminin qui a eu une réalité historique très importante : elle était au cœur de la famille qui produit les cinq premiers empereurs romains. C'est dire si elle s'y connaît en matière de pouvoir familial et impérial.

Messiah/Le Messie est une série atypique, attachante et courageuse. Son principal ressort narratif est terriblement simple mais terriblement efficace : et si le Messie revenait aujourd'hui. Du coup, le spectateur est ballotté en permanence entre deux réalités : s'agit-il d'un imposteur, mais plutôt doué côté escroquerie et manipulation des foules, ou s'agit-il vraiment d'un personnage prophétique capable de changer la réalité du monde d'aujourd'hui en utilisant les moyens d'aujourd'hui ?

Evidemment, les réseaux sociaux sont parmi les leviers les plus utilisés par le personnage et son entourage.

L'ensemble tient debout malgré la gageure, et les scénaristes ont fait un bon travail d'équilibrage, sans jamais tomber dans la mascarade ni l'outrance.

La programmation d'une deuxième saison rencontre évidemment pas mal d'obstacles : la série est américaine et les détracteurs d'un côté ou de l'autre ne manquent pas. A suivre.

Enfin, et pour l'anecdote, le Messie, ou plutôt le magnifique acteur qui l'incarne, Mehdi Dehbi, est né... à Liège ! Ainsi soit-il 😅

Les deux autres séries sélectionnées sont construites autour de deux acteurs formidablement intéressants.

On comprend dans Mare of Easttown que le personnage principal s'appelle en fait Marianne, et que Easttown est le lieu où elle a toujours vit et travaillé, petite ville imaginaire de l'est de Pennsylvanie, même s'il existe vraiment près de Philadelphie un lieu appelé Easttown Township - lieu prédestiné à n'être qu'un non-lieu compte tenu de sa dénomination.

Nous sommes dans l'Amérique US profonde, loin des splendeurs financières et architecturales des grandes villes de la côte Est des Etats Unis. 

Mare est policière, métier pas facile à exercer sur le lieu de son enfance, où l'on connait tout le monde depuis le jardin d'enfants. 

Mais l'intérêt principal de la série est que ses créateurs se sont amusés à y projeter Kate Winslet dans le rôle de Mare. Quelle rencontre entre l'actrice fétiche de plusieurs générations entières et cet environnement grisâtre !

Elle a maintenant 45 ans dans la vraie vie. Sans fard, son jeu est magnifiquement de retenue, de sobriété et de dignité, faisant parfaitement oublier la Rose du Titanic. Elle avait à l'époque 22 ans.

La narration est captivante et solide, ce qui ne gâche rien de la mini-série : sept épisodes de 57 minutes, durée adaptée à une bonne étude des caractères, comme il est souvent nécessaire pour les (bonnes) séries policières. On aime.

Dans Ramy, les passionnés d'études interculturelles se régaleront. Tout au long des deux saisons (10 épisodes chacune), on y retrouve tous les mécanismes bien connus des relations interculturelles : fabrication et utilisation des préjugés, racisme à rebours, comédie des différences, ethnologie de comptoir, folklorisation des cultures en présence etc.

C'est que le créateur de la série en connait un rayon, comme immigré de première génération : il s'agit de Ramy Youssef lui même, né à New York, issu d'une famille égyptienne, acteur, comédien de one man show dans la vraie vie.

Ce Ramy réel est le même qui tient le premier rôle dans la série. C'est tout dire des éléments biographiques retrouvés au fil des épisodes, et tout y passe : religion (musulmane évidemment), sexualité, famille élargie ou non, mariage, amitiés, études, boulot, interdits alimentaires et autres... 

Il en prend tant et tant sur lui, que Ramy force rapidement une immense sympathie face à sa grande ingénuité devant l'en même temps (des deux cultures) qu'il essaie de capter, sans évidemment à y arriver car Ramy est et reste un américain, hélas pour lui !

Mais attention : cette série est sérieuse sous ses aspects de comédie. Comment faire autrement s'agissant d'enjeux contemporains essentiels pour toutes les sociétés, qu'elles soient de départ ou d'accueil ? Ou faut-il préférer la guerre de tous contre tous ?

Enfin, la série est produite et diffusée par Hulu, plate-forme vidéo américaine dont Disney est propriétaire à deux tiers. On peut féliciter Disney de s'ouvrir si largement à l'évolution des mentalités et aux enjeux sociaux contemporains via Hulu, comme en témoigne pas mal de séries produites par Hulu : Mrs America, Love Victor, The Handmaid's Tale/La Servante écarlate, A Teacher, The Path...

Deux mentions particulières à ajouter : The Knick et On the Spectrum.

Série américaine, The Knick - qui désigne l'hôpital Knickerbocker de New York - nous renvoie à la réalité de la médecine au début de XX° siècle. La reconstitution y est impeccable et sérieuse, sur fond de discrimination raciale implacable.

Quant à On the Spectrum, mini-série israélienne proposée par France TV en ce moment, c'est un grand coup de cœur : elle décrit la vie quotidienne décalée de trois jeunes adultes autistes installés ensemble dans un appartement adapté. On y trouve beaucoup de traits comiques, mais aussi beaucoup de douleurs : celles de la maladie mentale lucide sur elle-même, si difficile à dépeindre vue de l'extérieur. Bravo pour ce tour de force.

dimanche 27 juin 2021

Lieux singuliers (3) : Le Relais de poste à chevaux de Launois-sur-Vence


Classé monument historique en 1994, le Relais de poste de Launois sur Vence est une cathédrale horizontale et séculière. 

Son principal bâtiment accueillant les convois, leur dételage et le changement de chevaux, compte une longueur totale de bons 60 mètres, et il est organisé de telle façon que les attelages progressent toujours en avant, aucune marche en arrière ou demi-tour étant bien sûr quasi-impossible.

Situé sur les grands axes de circulation de l'ancien temps - Paris-Sedan et Marseille-Amsterdam - il est analogue à un aéroport international du XVIII° siècle, date de sa construction principale.

On y changeait les chevaux - étape technique indispensable avant de repartir - mais aussi on y mangeait, on y passait la nuit - pas possible de cheminer sans l'obscurité - ou tout simplement on s'y reposait entre deux étapes, compte tenu des fatigues et de l'inconfort du voyage : jusqu'au début du XIX° siècle, il faut trois à six jours selon le type de voiture, d'époque et de saison pour rallier Paris à Sedan. 

On y récupérait aussi ses colis, son courrier et en prenant des nouvelles du monde auprès des postillons ou des voyageurs, au temps où seule une petite minorité pouvait voyager. Le relais était donc un véritable centre de service essentiel pour l'époque, une brèche ouverte sur l'ailleurs...

Visitant le lieu vide, il reste à imaginer son animation débordante d'antan et la quantité de rencontres humaines - amicales ou inamicales, ou simplement purement techniques - qu'il a pu abriter, à la mémoire de cette période si longue où les hommes dépendaient des chevaux pour se déplacer.

Voici les images

dimanche 6 juin 2021

Sur la Playlist de juin : Zipoli et Hanacpachap cussicuinin

Le blog a déjà fait état de la musique baroque des Andes, produite par les jésuites dans les colonies guaranis comme par un repli étonnant de l'espace et du temps.

C'est ainsi qu'on trouve des formations musicales baroques en Bolivie, au Paraguay et en Argentine, perpétuant cette histoire jusqu'à nos jours.

Et les musiques jésuites missionnaires ne finissent pas d'étonner par leurs couleurs, leurs sonorités, leur singularité : il se passe rarement une saison sans avoir écouté ou réécouté les productions existantes, et il reste encore beaucoup à explorer en la matière.

On peut se mettre dans l'oreille un extrait de la Messe San Ignacio de Domenico Zipoli avec la première vidéo. Ce jésuite toscan, né en 1688, est mort de tuberculose à 37 ans près de Cordoba, dans l'actuelle Argentine, par les hasards de sa mission.

Certains de ses manuscrits ont été retrouvés à Chiquitos en Bolivie actuelle en 1957. 

Il est assez stupéfiant que la musique de ce jeune homme ait pu être diffusée si largement au cœur de l'Amérique de sud, bien après sa disparition.

La deuxième vidéo live et brute perpétue le souvenir de la musique baroque du XVIII° siècle en Amérique du Sud, avec ce commentaire de l'éditeur de la vidéo :

L'Ensemble Moxos est issu de l'école de musique du village de San Ignacio de Moxos, une ancienne mission jésuite de l'Amazonie bolivienne qui a gardé jusqu'à aujourd'hui la tradition culturelle et religieuse léguée par les jésuites depuis sa fondation en 1689. Les flûtes de Pan géantes typiques de la région sont appelées bajones en espagnol.

Après leur expulsion en 1767, les jésuites sont revenus à San Ignacio de Moxos en 1984, l'ancienne église missionnaire a été restaurée et un Musée Archéologique et Religieux conservant plus de 5 000 partitions d'époque a été construit 

La grande fête annuelle du village, la Ichapekene Piesta, a été inscrite sur la liste du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité en 2012.

L'Ensemble Moxos a été créé en 2005. 

Direction musicale: Raquel Maldonado Villafuerte

Concert donné à l'UNESCO Paris le 23 octobre 2013 et retransmis en direct sur Bolivia TV.

Enfin, la troisième video reprend le morceau Hanacpachap cussicuinin, issu du rituel catholique péruvien du XVII° siècle. Il constitue la première polyphonie publiée en langue quechua, date attestée de 1631... 

Quel mix musical, à peine sorti de la Renaissance européenne et mâtiné de musique andine !




jeudi 20 mai 2021

300 000

C'était ce matin : le compteur est passé 300 000 visites sur le blog ! 

Entre le 19 juillet 2007, date d'ouverture du blog et ce jour, il s'est écoulé 5 054 jours soit 13 ans, 10 mois et 1 jour, soit une moyenne de 59 visites quotidiennes, se répartissant sur les 560 publications. Merci à tous.

Cela valait la peine, non ?

C'est le Terrifiant art Maya qui remporte la palme des publications (plus de 10 000 visites), puis Anvers en deuxième place (8 500 visites) et, quand même, Caillebotte en troisième lieu (7 000 visites).

On continue.

dimanche 16 mai 2021

Lieux singuliers (2) : la Basilique de Liesse, sanctuaire à répit


La Basilique de Liesse appartient à une autre époque : celle d'une religion populaire, quasi superstitieuse, pleine d'une ferveur irraisonnée et presque bigote. 

Grand but de pèlerinage jusqu'au début du XX° siècle, Liesse est aussi un sanctuaire à répit dédié tout particulièrement à la figure tragique des enfants morts sans baptême : l'exposition des enfants morts sans baptême dans la Basilique leur ouvre la porte du Paradis, permettant ainsi d'échapper à une éternité d'errance dans les Limbes

De nombres signes marquent l'antériorité rituelle de la Basilique : culte à la vierge noire figurée au milieu du chœur ; vente d'objets fétiches en nombre ; jubé magnifique et intact ; présentation de l'ombrellino - l'espèce d'ombrelle utilisée lors des processions ; ex-voto omniprésents - dont un magnifique ex-voto marin, belle maquette de bateau à l'entrée devant la tribune de l'orgue ; béquilles laissées en exposition, témoignant de guérisons miraculeuses etc.

Le grand tableau morbide de la sacristie fait aussi partie de lot : il fut offert par la famille de Monaco, qui est toujours propriétaire du domaine et du château de Marchais, à quelques kilomètres, où la grande noblesse était hébergée quand elle était en pèlerinage ici.

Enfin et par extension, Notre Dame de Liesse accueillait en nombre les vœux dédiés à  une naissance. Louis XIII et Anne d'Autriche, la reine, se sont rendus plusieurs fois à Liesse pour avoir enfin un fils, si longtemps attendu. Ce fut Louis XIV. Quelle efficacité !

Plus d'images ici

dimanche 2 mai 2021

Les séries du printemps : Deutschland 83-86-89, For all Mankind, The Plot against America, Staged

Le printemps nous apporte quatre séries d'anthologie apportant au public le meilleur des récits contemporains. Chacune, dans son genre, nous place au cœur de la grande histoire de manière originale, crédible et édifiante.

Chacune des saisons de Deutschland porte l'année de leur récit : 1983, 1986 et 1989, cette dernière année étant cruciale pour l'histoire de l'Allemagne. 

La série nous place en RDA, jusqu'à la disparition du pays, absorbé si vite par la République fédérale.

 Autant dire que celui qui s'intéresse à l'histoire allemande contemporaine n'y perd par une miette : espionnage continu et multiforme de l'Ouest par l'Est, discours idéologique marxiste-léniniste omniprésent dans l'espace public, flicage à grande échelle de la population, pusillanimité des dirigeants, complaisance servile vis à vis de l'URSS etc.

Autant de stigmates qui expliquent qu'il n'était pas possible de sauver quoi que ce soit de ce pays factice. Mais sans doute la série nous engage à ne rien oublier, tout en s'interroger sur ce qu'est une démocratie, ici ou là, entre sécurité, égalité et liberté. Sic transit.

On retrouve dans les intrigues et la vie des personnages tous ces ingrédients, servis par d'excellents acteurs. 

Malheureusement, les trois saisons ont été diffusées de manière un peu erratique, aux Etats Unis (réseau Sundance, puis Amazon Prime), en Allemagne (RTL) et sur Canal Plus, mais de manière quasi-confidentielle. C'est dommage : on pourrait espérer qu'une chaîne comme Arte par exemple puisse lui donner un plus large public en France, car elle le mérite. 

Au passage, on n'oubliera pas la fameuse citation de François Mauriac J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux (Le Temps d’un regard, 1978, Jacques Chancel). La phrase aurait pu être prononcée par un autre François - Mitterrand - qui ne croyait pas trop à la réunification pour sa part. La série y fait une autre réponse, celle de l'histoire.



For all Mankind est une uchronie formidablement intéressante, notamment pour ceux qui sont passionnés de conquête lunaire. La série part d'une réalité tout à fait plausible : les soviétiques sont arrivés sur la Lune avant les américains à la fin des années soixante.

De là, on pouvait craindre une série centrée sur le sentiment national américain blessé, de qui est le cas dans les premiers épisodes. 

Heureusement, le récit prend de la hauteur et il réécrit complètement l'histoire de la conquête lunaire : envoi d'une femme sur la Lune - toujours le fait des soviétiques -, établissement de bases permanentes sur la Lune (une pour les USA, une pour l'URSS), exploitation des ressources lunaires, recrutement d'astronautes femmes, promotion d'ingénieurs femmes qui finissent d'accéder aux postes les plus hauts de la NASA... On peut rêver, non ?

Ce cadre général fournit beaucoup d'histoires et de rebondissements tout au long des deux saisons existantes (10 épisodes par série d'une cinquantaine de minutes), et pourront sans aucun doute produire une troisième, en projet. 

Il permet aussi de laisser passer plus facilement le sentimentalisme familial qui n'échappe jamais à une série US, tout comme le ketchup (Heinz) dégouline dans toute cuisine yankee.

Au Québec, le titre est Pour toute l'humanité, qui est une parfaite traduction : qui doit représenter tout l'humanité dans les étoiles ? Cela ne peut pas être forcément que les Etats-Unis, non ?



Deuxième uchronie de cette sélection : The Plot against America/Le complot contre l'Amérique, adaptation TV du roman de Philip Roth, mais on peut faire confiance à HBO pour produire des contenus télévisuels de bonne qualité, ce qui est le cas.

Cette mini-série de 6 épisodes de 55 minutes mériterait une deuxième saison tant la fin de la première saison est angoissante.

L'argument est simple mais terriblement efficace : Charles Lindbergh - l'aviateur bien connu - remporte l'élection présidentielle de 1940 en battant Roosevelt. Comme militant du mouvement America First Committee - cela rappelle quelque chose de plus récent, il était contre l'implication des Etats Unis dans la deuxième guerre mondiale et germanophile, ce qui à l'époque témoignait de sympathies nazies.

Dans la vraie vie, Lindbergh avait proclamé en public en 1941 : Les trois groupes les plus importants qui ont poussé ce pays-ci à la guerre sont les Britanniques, les Juifs et l'administration Roosevelt

De là, la série décrit les conséquences de l'arrivée d'un tel homme - héros noir - à la Présidence fédérale sur la vie politique et sociale des Etats Unis au travers d'une famille juive, mais aussi bien américaine : persécutions, guerre civile, désordres violents, meurtres politiques, apartheid d'une partie de la population, apparition des "collabos", attaque des institutions politiques en place - cela vous fait penser aussi à quelque chose de plus récent aussi, non ?

On ne peut pas ne pas évoquer les vagues d'intolérance, de racisme, de violence et de délire complotiste que Trump a suscitées pendant son mandat. La fin de la série n'indique pas quel est le vainqueur des élections de 1944 dans cette effrayante réalité parallèle, mais on sait qu'elles seront contestées.

Une série salutaire, providentielle. effarante, en espérant qu'elle ne soit pas prémonitoire de surcroît.


Ouf, beaucoup plus est légère est Staged, série britannique, mais remarquable à plusieurs titres.

Elle est issue du premier confinement du Royaume Uni. Désœuvrés, deux immenses acteurs que sont Michael Sheen et David Tennant décident de jouer leur propre rôle, dans leur propre domicile, avec leur propre famille, en utilisant la visioconférence... et en faisant intervenir d'autres acteurs, dans leur propre rôle.

Nous sommes donc dans un parfait exercice de style, destiné en l'occurrence à la BBC One (On l'aurait parié !), mais à ce niveau, on se laisse embarquer très vite même si le prétexte est mince : préparer la mise en scène de la pièce de Pirandello, Six personnages en quête d'auteur

Tout y passe au cours des deux saisons (14 épisodes au total de 22 minutes) : les reproches voilés mutuels, les petites hypocrisies du métier, les rivalités des deux egos en présence -évidemment immenses- sans oublier le poids du quotidien, essentiel dans une situation de confinement strict.

On rit beaucoup, compte tenu de ce formidable exercice d'autodérision des deux acteurs principaux et de leurs prestigieux invités ou invitées à découvrir.

On connaissait leur talent, bien sûr, mais le mettre au service du public de manière aussi contrainte relève d'une immense compétence professionnelle : divertir intelligemment en s'utilisant soi-même sans lasser ni offusquer. Chapeau bas.

PS : Cadeau bonus pour les anglophones : l'un est gallois (Michael Sheen), l'autre est écossais (David Tennant), les autres sont anglais ou américains... on se régale de tous ces accents.